Je ne sais toujours pas si c'est un métier, si c'est pas la farce d'un métier. Il faut être farceur pour être acteur, faut pas être solennel, faut pas se dire qu'on est créateur, c'est pas vrai. On est créateur à deux, au moins avec l'auteur et aussi avec le metteur en scène, ça fait trois et aussi avec le partenaire, ça fait quatre.
❧
Vous savez, passer son temps à bouleverser - ou à s’amuser à bouleverser - les autres, c’est une belle vie. Vous ne croyez pas ?
◆
À lire aussi de Michel Piccoli
J'ai fait un pacte avec Dieu. Je sais que je vivrai la moitié de l'éternité. Comme je ne crois pas en Dieu, m'amuser à dire que j'ai fait un pacte avec Lui et que grâce à ça, je ne mourrai pas, c'est plutôt réjouissant...
Je n'ai pas choisi ce métier par fuite ou en pensant que j'allais gagner des millions et faire une carrière à Hollywood. Non, j'allais en cours comme on va en apprentissage. J'étais heureux d'apprendre des textes, de jouer la trahison, la passion. De jouer à séduire.
Bien sûr, je me souviens. Les événements restent précis dans ma tête, mais je n'ai pas de nostalgie. Je n'ai aucun regret sur les ratages et ne tire aucune gloire de mes réussites.
J’ai souvent été un double.
Dans la même œuvre
J'exerce maintenant trois métiers. C’est merveilleux ! Je suis d’abord « acteur de théâtre » et « acteur de cinéma ». Ce sont deux activités différentes, même si elles se complètent. Au théâtre, l’acteur, une fois le spectacle présenté au public, est le roi, maître de son jeu et de la mise en scène. Il peut imposer sa personnalité. Au cinéma, l’acteur reste une marionnette manipulée par le réalisateur, fût-il prestigieux.
Être décoré, ça signifie la mort comme pour les papillons .
Parvenu à un certain âge, on vous épingle Lear comme une décoration. Je n’ai jamais aimé être décoré. Encore moins épinglé. C’est très beau, mais ça signifie la mort comme pour les papillons.
La vraie question est celle du désir. Le mien, c’est de défendre un art qui s’interroge sur le pourquoi et le comment de l’existence. Je ne suis pas un acteur commercial. Je n’en tire aucune gloire, mais j’en suis fier. J’ai toujours été ainsi, depuis mes débuts.
Aujourd’hui, tout est devenu un commerce : l’art, l’existence, la sexualité, la quête du bonheur… Pourtant, c’est l’essentiel ! Chercher à s’épanouir simplement en restant honnête vis-à-vis de soi-même, sans s’être jamais mal vendu ou avoir été mal acheté, c’est pas mal non ?