Auteur

Michel Bussi

Pour vivre avec un traumatisme, il faut l'affronter, le verbaliser, l'accepter.
Elle considérait l'amour comme une arnaque pour les gogos, exactement comme les tickets de la Française des Jeux qu'elle vendait aux clients. On ne gagnait jamais, ou alors des petites sommes, juste assez pour vous inciter à rejouer, à y croire, jamais la cagnotte qui vous mettrait à l'abri jusqu'à la tombe.
Peut-on effacer la mémoire d'un enfant ? Enfouir un traumatisme ? L'empêcher de grossir, de faire racines, de ronger une vie ? Pourquoi pas, après tout.
L'amour d'un enfant rendait les femmes sublimes. Mais vulnérables et prévisibles, aussi.
Un psychologue scolaire, après tout, c'est le père idéal ! Un professionnel de la petite enfance, récitant Freinet, Piaget et Montessori quand les autres mecs se contentent de lire L'équipe, Entrevue ou Détective.
Mais il ne se passe pas une vie sans que souffle la tempête et sans que tout soit à recommencer.
Malgré les méchants, la gentillesse est le pari le plus raisonnable. C'est toujours elle qui gagne à la fin.
Elle voyait le cerveau d'un gosse comme un ordinateur. Même quand on mettait des choses à la poubelle, qu'on croyait les supprimer, des mails, des fichiers, des photos, ils étaient toujours là, cachés. Il suffisait de demander à quelqu'un qui s'y connaissait un peu de les retrouver des mois, des années plus tard.
Franchement, tu ne trouves pas cela sidérant que tous ces gens qui remplissent leur Caddie continuent de payer sagement à la caisse pour enrichir des boîtes qui font des milliards de bénéfices, plutôt que de filer en sprint tous ensemble, en explosant façon bélier les tourniquets de tous les hypers de France ?
Les chansons servent à ça, se disait-elle, même les plus idiotes, à se souvenir des émotions toutes bêtes. Et entendre ton rire s'envoler aussi haut que s'envolent les cris des oiseaux. Ces paroles et d'autres de la même chanson, les derniers mots avant les dernières notes de piano, quand Renaud dit que le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants. Des vérités toutes bêtes.
Chez la plupart d'entre nous, il n'existe aucun souvenir direct de tout ce que l'on a vécu avant quatre ou cinq ans.
Quand le malheur vous touche, on refuse tous d'admettre qu'il n'y a aucun coupable à punir. Alors pour diminuer ses souffrances, on s'invente une vengeance.
Comment apprécier une taille de guêpe lorsque l'on a goûté au parfum d'une reine ? Imelda possède un corps de chocolat, double crème, à s'en empiffrer. Des formes qui débordent, floues, changeantes, un nuage de sensualité à pétrir de ses désirs
Proverbe réunionnais : les puces ne restent pas sur les chiens morts. les malheurs éloignent les amis.
La violence ne naît pas par hasard, il y a toujours un terrain pour la faire pousser.
Comme s'il fallait vieillir pour apprécier le temps qui passe, s'imposer une semaine de régime pour mieux apprécier un bon repas. Se priver pour mériter le plaisir. Vieille morale judéo-chrétienne. Ou musulmane, ou bouddhiste.
Alors, lieutenant, dites-vous que personne n'est coupable. Que ce fut juste le hasard et que personne n'y pouvait rien changer. C'est de là que naissent toutes les haines du monde, lieutenant, toutes les guerres, il nous faut trouver des coupables, toujours, à tous les malheurs de l'univers. Même quand il n'y en a pas, notre esprit les invente. Ce n'est sans doute pas facile à admettre quand on est flic, cette idée que l'on a tellement besoin de coupables qu'on finit par les fabriquer.
Nous sommes responsables des poids que nous plaçons sur la balance.
Sa religion personnelle, c'est qu'il n'existe qu'un seul lieu sur l'île où toutes les races se mélangent : la plage ! Tous à poil, tous égaux. Curieusement, plus les couleurs de peau s'exhibent et plus on les oublie.
Curieusement, plus les couleurs de peau s'exhibent et plus on les oublie.
Ces peintres sont comme lui au fond, ils cherchent à attraper la lumière, les vagues, le mouvement. Mais pourquoi s'encombrer de toiles et de pinceaux ? Il suffit de s'asseoir là, devant la mer, et de regarder.
Il faut pourtant se rendre à l'évidence : la Réunion est une montagne qui a poussé dans l'océan. Presque toute la population se tasse au bord de la mer, et tous se déplacent en bagnole sur l'étroite bande à peu près plate entre l'océan et la base des volcans, tournent en rond, aussi libres que des protons dans un cyclotron. Un ralentisseur de particules, les Réunionnais testent le concept.
Il faut pourtant se rendre à l'évidence : la Réunion est une montagne qui a poussé dans l'océan.
Elle a toujours considéré que ces flics masquent leur incompétence en brassant de l'air, un peu comme ces profs incapables de faire cours qu'on colle à l'IUFM.
Ils coulent ensemble, leurs bouches se trouvent. L'océan ne peut rien contre eux, ils s'embrassent pour l'éternité, ils partagent leur oxygène, ils s'en asphyxieront sans plus jamais rien respirer d'autre. Ils mourront ainsi. De la plus belle des morts que deux amants aient pu rêver.

Œuvres de Michel Bussi

Gravé dans le sableJ'ai dû rêver trop fort (2019)Le Temps est assassinMaman a tortN'oublier jamaisNe lâche pas ma main (2013)Nymphéas noirs (2011)Un avion sans elle (2012)