Dans votre vie, vous ne rencontrez pas plus de dieu vicieux que de prof qui vous prend comme bouc émissaire. Les dieux, comme les profs, s'en foutent de vous. Vous n'existez pas pour eux.
Vous êtes tout seul.
Pour que la pièce retombe un jour de votre côté, il faut juste jouer, souvent, beaucoup, recommencer toujours. Insister.
Longtemps je n'ai pas eu de chance. À force que le hasard retombe toujours du même côté, jamais du mien, j'en suis venu à imaginer la vie comme une sorte de gigantesque conspiration, uniquement composée de membres ayant prêté serment de se liguer contre moi.
Je comprenais maintenant ces innocents qui avouent aux flics un crime qu'ils n'ont pas commis, après des nuits de garde à vue, après des heures d'arguments, d'hypothèses et de preuves assénés par l'accusation. Ces innocents qui finissent par croire à la vérité énoncée par d'autres, qui en viennent à douter de leurs propres certitudes, celles qu'ils possédaient en entrant dans le bureau du juge.
Je n'avais presque jamais tenu un bébé entre mes bras, mais je comprenais les pères, capables de rester des nuits à porter un enfant contre leur sein.
Je comprenais cet incroyable sentiment de responsabilité qui imposait de ne rien faire, d'attendre, statufié pour l'éternité. Qu'être là suffisait.
Il avait l'allure d'un flic au bord de la retraite depuis toujours, comme sorti tout droit d'un film d'Olivier Marchal. Le blouson ouvert sur un torse large et un ventre épais. Une gueule surtout. Des cheveux gris mi-longs, raides, tirés à l'arrière jusqu'au bas du cou, libérant un grand front plissé de rides. Genre Marlon Brando sur la fin.
Les histoires d'amour finissent mal, pensa stupidement Bastinet. En général.