Œuvre

Nymphéas noirs (2011)

Je n'ai qu'à fermer les yeux, la stupéfiante beauté du jardin y est gravée. A jamais. Croyez moi.
De la tour du moulin, au quatrième étage, derrière la fenêtre, on peut beaucoup mieux y observer tout ce qui se passe aux alentours. Et beaucoup plus discrètement.
Quand tu regardes un Nymphéas de Monet, tu as l'impression, comment dire, de t'enfoncer, d'entrer dans un puits ou comme dans du sable, tu vois ? C'est ce que voulait Monet, de l'eau qui dort, l'impression de voir défiler toute une vie...
Tout le monde se fout d'un vieux ou d'une vieille qui meurt. A tout prendre, pour être pleuré, mieux vaut crever jeune, en pleine gloire
C'est cela vieillir : voir mourir les autres.
Nous vivons dans un tableau, ici. Nous sommes emmurés! On croit qu'on est au centre du monde, comme on dit. Mais c'est le paysage, le décor, qui finit par vous dégouliner dessus. Une sorte de vernis quotidien de résignation. De renoncement..
A tout prendre, pour être pleuré, mieux vaut crever jeune, en pleine gloire. Même si vous êtes le pire des salauds, pour être regretté, mieux vaut y passer le premier !
Monet disait que la sagesse, c'est de se lever et se coucher avec le soleil.
En réalité, on peut plutôt considérer que Lautrec et Monet firent le choix de deux destins opposés. Pour Toulouse Lautrec, une vie éphémère de débauche à traquer la luxure de l'âme humaine ; pour Monet, une longue vie contemplative vouée à la nature
Une vie, tu sais, Fanette, c'est juste deux ou trois occasion à ne pas laisser passer. Çà se joue à ça, ma jolie, une vie ! Rien de plus. (
« Avec Monet, nous ne voyons pas le monde réel, mais nous en saisissons les apparences », F. Robert-Kempf, L'Aurore, 1908
Que rien d'autre ne compte que de pouvoir partager le même émoi devant un tableau de Monet, ou des vers d'Aragon.
Tenez, imaginez une association qui s'occupe des pauvres. Eh bien, le paradoxe c'est que si le nombre de pauvres baisse, la raison d'être de l'association diminue. En d'autres termes, mieux elle travaille et plus elle se saborde. Pareil pour une fondation qui milite contre la guerre. La paix, pour elle signifierait sa mort
Est-ce un leurre, cette certitude quasi instantanée que celui qui se tient devant vous, vous deviez le rencontrer, que vous ne serez heureuse qu'avec lui et avec personne d'autre, que seuls ses bras peuvent vous protéger, que seule sa voix peut vous faire vibrer, que seul son rire pourra vous faire tout oublier ?
Quand tu regardes un Nymphéas de Monet, tu as l'impression, comment dire, de t'enfoncer, d'entrer dans un puits ou comme dans du sable, tu vois ? C'est ce que voulait Monet, de l'eau qui dort, l'impression de voir défiler toute une vie.
N'allez pas me raconter qu'il ne vous est jamais arrivé de retourner toute une maison juste pour retrouver un souvenir, un objet à propos duquel vous n'aviez qu'une seule certitude : vous ne l'aviez jamais jeté. Il n'y a rien de plus énervant, non ?
Les geôliers doivent sans doute aimer que les prisonniers leur parlent des oiseaux dans le ciel.
La maladie des jeunes filles qui se rêvent autrement : cette soif d'amour de la Berenice d'Aragon. L'ennui insupportable de la femme qui n'a pourtant rien a reprocher a l'homme a cote duquel elle vit...Aucune excuse, aucun alibi. Juste l'ennui, cette certitude que la vie est ailleurs. Qu'une complicité parfaite existe quelque part.
Lautrec est aux Albigeois ce que Monet est aux Normands.