Œuvre

Maman a tort

Quelqu'un que l'on aime, que l'on aime vraiment, il faut parfois oser le laisser partir loin. Ou savoir l'attendre longtemps. C'est une vraie preuve d'amour, la seule, peut-être.
J'ai cherché dans les poèmes - \r\nComment dire je t'aime - \r\nJ'ai trouvé des mots savants - \r\nBien trop longs pour mes trois ans
Des milliers d'étoiles dans le ciel, <br< Des milliers de fleurs au jardin, <br< Des milliers d'abeilles sur les fleurs, <br< Des milliers de coquillages sur les plages, <br< Et seulement, seulement une maman.
On n'a jamais rien inventé de mieux que des mensonges d'adultes pour avoir la paix avec les gosses.
Les vrais trésors ne sont pas ceux qu'on cherche toute sa vie, ils sont cachés près de nous depuis toujours. Si on les plante un jour, si on les cultive et on les arrose tous les soirs, en oubliant même pourquoi à la fin, ils fleuriront un beau matin alors qu'on ne les espérait plus.
Elle adorait ces hommes timides, réservés, mais qu'on devine consumés d'une passion intérieur. Le charme slave, du moins, c'est ainsi qu'elle imaginait les hommes de l'Est, ceux aux destins tragiques des romans de Tolstoï ou des pièces de Tchekhov.
Notre vie est guidée par des évènements, des actes de violence ou des marques d'amour dont nous n'avons aucune preuve. Une boite noire à laquelle nous n'aurons jamais accès.
C'est difficile à comprendre quand on est petit, mais écoute bien. Quelqu'un que l'on aime, que l'on aime vraiment, il faut parfois oser le laisser partir loin. Ou savoir l'attendre longtemps. C'est une vraie preuve d'amour, la seule, peut être.
Qu'il n'oublie jamais le goût des belles choses. Seules les mères peuvent apporter cela aux petits hommes : la sensibilité. S'ils suivaient les pas de leurs pères, les idéalisaient, le foot, les bagnoles et la perceuse, ils étaient foutus, ils deviendraient aussi cons qu'eux. Des générations de cons! Seules les mères pouvaient tenter de freiner la malédiction.
Les coiffeuses sont les meilleures comédiennes du monde. Une vie passée face au miroir....
Tout ce que vous faites avec vos gosses pendant les soixante premiers mois de leur vie, les emmener au zoo, à la mer, leur raconter des histoires, fêter leur anniversaire ou Noël, vous vous en souviendrez avec émotion, toute votre vie, comme si c'était hier, alors que pour eux, pschitt... le néant !
Pour vivre avec un traumatisme, il faut l'affronter, le verbaliser, l'accepter.
Elle considérait l'amour comme une arnaque pour les gogos, exactement comme les tickets de la Française des Jeux qu'elle vendait aux clients. On ne gagnait jamais, ou alors des petites sommes, juste assez pour vous inciter à rejouer, à y croire, jamais la cagnotte qui vous mettrait à l'abri jusqu'à la tombe.
Peut-on effacer la mémoire d'un enfant ? Enfouir un traumatisme ? L'empêcher de grossir, de faire racines, de ronger une vie ? Pourquoi pas, après tout.
L'amour d'un enfant rendait les femmes sublimes. Mais vulnérables et prévisibles, aussi.
Un psychologue scolaire, après tout, c'est le père idéal ! Un professionnel de la petite enfance, récitant Freinet, Piaget et Montessori quand les autres mecs se contentent de lire L'équipe, Entrevue ou Détective.
Mais il ne se passe pas une vie sans que souffle la tempête et sans que tout soit à recommencer.
Malgré les méchants, la gentillesse est le pari le plus raisonnable. C'est toujours elle qui gagne à la fin.
Elle voyait le cerveau d'un gosse comme un ordinateur. Même quand on mettait des choses à la poubelle, qu'on croyait les supprimer, des mails, des fichiers, des photos, ils étaient toujours là, cachés. Il suffisait de demander à quelqu'un qui s'y connaissait un peu de les retrouver des mois, des années plus tard.
Franchement, tu ne trouves pas cela sidérant que tous ces gens qui remplissent leur Caddie continuent de payer sagement à la caisse pour enrichir des boîtes qui font des milliards de bénéfices, plutôt que de filer en sprint tous ensemble, en explosant façon bélier les tourniquets de tous les hypers de France ?
Les chansons servent à ça, se disait-elle, même les plus idiotes, à se souvenir des émotions toutes bêtes. Et entendre ton rire s'envoler aussi haut que s'envolent les cris des oiseaux. Ces paroles et d'autres de la même chanson, les derniers mots avant les dernières notes de piano, quand Renaud dit que le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants. Des vérités toutes bêtes.
Chez la plupart d'entre nous, il n'existe aucun souvenir direct de tout ce que l'on a vécu avant quatre ou cinq ans.