Auteur

Marcel Proust

Tout comme l'avenir ce n'est pas tout à la fois mais grain à grain qu'on goûte le passé.
Notre moi est fait de la superposition de nos états successifs. Mais cette superposition n'est pas immuable comme la stratification d'une montagne. Perpétuellement des soulèvements font affleurer à la surface des couches anciennes.
Le mensonge est essentiel à l'humanité. Il y joue peut-être un aussi grand rôle que la recherche du plaisir, et d'ailleurs est commandé par cette recherche.
Peut-être vivons-nous entourés d'indications électriques, sismiques, qu'il nous faut interpréter de bonne foi pour connaître la vérité des caractères.
La création du monde n'a pas eu lieu au début, elle a lieu tous les jours.
Il y a dans ce monde où tout s'use, où tout périt, une chose qui tombe en ruine, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la beauté : c'est le chagrin.
La prétention avoisine la bêtise, la simplicité a un goût un peu caché mais agréable.
Le bourrage de crâne est un mot vide de sens. Le véritable bourrage de crâne, on se le fait à soi-même par l'espérance, qui est une forme de l'instinct de conservation.
La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature.
L'art est long et la vie courte.
A l'être que nous avons le plus aimé nous ne sommes pas si fidèles qu'à nous-même, et nous l'oublions tôt ou tard pour pouvoir - puisque c'est un des traits de nous-même - recommencer d'aimer.
Les chagrins sont des serviteurs obscurs, détestés, contre lesquels on lutte, sous l'empire de qui on tombe de plus en plus, des serviteurs atroces, impossibles à remplacer et qui par des voies souterraines nous mènent à la vérité et à la mort.
Bonheur immédiat par excellence, le bonheur de l'amour.
L'idée qu'on s'est faite longtemps d'une personne bouche les yeux et les oreilles.
On peut être illettré, faire des calembours stupides, et posséder un don particulier qu'aucune culture générale ne remplace, comme le don du grand stratège ou du grand clinicien.
La nature que nous faisons paraître dans la seconde partie de notre vie n'est pas toujours, si elle l'est souvent, notre nature première développée ou flétrie, grossie ou atténuée ; elle est quelquefois une nature inverse, un véritable vêtement retourné.
Les liens qui nous unissent à un être se trouvent sanctifiés quand il se place au même point de vue que nous pour juger une de nos tares.
Chaque fois que la société est momentanément immobile, ceux qui y vivent s'imaginent qu'aucun changement n'aura plus lieu, de même qu'ayant vu commencer le téléphone, ils ne veulent pas croire à l'aéroplane.
Comment oublier jamais quelqu'un qu'on aime depuis toujours ?
La bienveillance des hauts esprits a pour corollaire l'incompréhension et l'hostilité des médiocres.
Les démarcations trop étroites que nous traçons autour de l'amour viennent seulement de notre grande ignorance de la vie.
Les enfants ont toujours une tendance soit à déprécier, soit à exalter leurs parents, et pour un bon fils, son père est toujours le meilleur des pères, en dehors même de toutes raisons objectives de l'admirer.
Pour souffrir vraiment par une femme, il faut avoir cru complètement en elle.
Du moment que je sais ce qui cuit dans ma marmite, je ne m'occupe pas de celle des autres.
La vérité n'a pas besoin d'être dite pour être manifestée, et qu'on peut peut-être la recueillir plus sûrement, sans attendre les paroles et sans tenir même aucun compte d'elles, dans mille signes extérieurs, même dans certains phénomènes invisibles.

Œuvres de Marcel Proust

A la recherche du temps perduA la recherche du temps perdu (1918)A la recherche du temps perdu (1918), A l'ombre des jeunes filles en fleursA la recherche du temps perdu (1918), Du côté de chez SwannA la recherche du temps perdu (1918), la FugitiveA la recherche du temps perdu (1918), la PrisonnièreA la recherche du temps perdu (1918), le Côté de GuermantesA la recherche du temps perdu (1918), le Temps retrouvéA la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919)A la recherche du temps perdu, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), IA la recherche du temps perdu, Albertine disparue (1925)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913)A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann (1913), I, 2A la recherche du temps perdu, La Prisonnière (1923)A la recherche du temps perdu, Le Côté de Guermantes (1921-1922)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927)A la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé (1927), II, 3Albertine disparue (1925)Albertine disparue (1925), IVChroniques