Auteur

Marcel Pagnol

La source du comique est dans le rieur.
Dis-moi de quoi tu ris, et je te dirai qui tu es.
Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins.
Le voisin attela son cheval, la tante enveloppa Augustine dans des châles, et nous voilà partis au petit trot, tandis que sur la crête des collines la moitié d'un grand soleil rouge nous regardait à travers les pins.
Honorine : - Je sais qu'il n'y a rien de plus beau que l'amour.
Qu'est-ce que je vais penser des autres femmes, maintenant que je sais que ma mère peut mentir ! ...
Son autorité sur les enfants avait été redoutable, ses décisions sans appel. Mais ses petits-enfants tressaient sa barbe, ou lui enfonçaient, dans les oreilles, des haricots.
Les enfants ne connaissent guère la vraie amitié. Ils n'ont que des «copains» ou des complices, et changent d'amis en changeant d'école, ou de classe, ou même de banc.
Il est permis de mentir aux enfants, lorsque c'est pour leur bien.
J'avais surpris mon cher surhomme en flagrant délit d'humanité : je sentis que je l'en aimais davantage. Alors, je chantai la farandole, et je me mis à danser au soleil.
Les difficultés commencent : c'est le signe de la réussite.
Avant d'accuser le puits d'ètre trop profond, le sage vérifie si ce n'est pas la corde qui est trop courte.
Tous les manuels d'histoire du monde n'ont jamais été que des livrets de propagande au service des gouvernements.
Ce glorieux début annonçait que la saison de chasse serait brillante, et l'oncle Jules en calcula par avance les profits, qui selon lui paieraient le loyer, et peut-être un épagneul breton pour l'année suivante.
Je l'ai connu, le grand amour. Avec ma première femme. Et puis, j'ai été le plus beau cocu de la foire du Trône.
le Grand Amour, ça finit souvent par des Grandes Cornes, et des Grosses larmes.
Voilà une bonne épouse, monsieur Fabien ! Parler de son mari, pour elle, c'est parler d'amour !
L'intelligence, dans la nature, ce n'était qu'une pauvre petite lueur qui devait nous guider dans l'accomplissement des actes quotidiens. Et nous sommes comme serait un homme qui porte une lampe dans un souterrain à la recherche d'un trésor. Soudain, la lampe fume, ou flamboie, ou ronfle, ou crépite. Alors, il s'arrête, il s'assied par terre, il fait monter ou descendre la mèche, il règle des éclairages. Et ce travail l'intéresse tant qu'il a oublié le trésor, qu'il finit par croire que le bonheur c'est de perfectionner une lampe et de faire danser des ombres sur le mur. Et il se contente de ces pauvres joies de lampiste, jusqu'au jour où il voit soudain que sa vie s'est passée à ce jeu puéril… Alors, il veut se lever, il tend les mains vers le trésor… Trop tard ! La mort déjà le tient à la gorge. L'intelligence, c'est la lampe. Le trésor, ce sont les joies de la vie.
Mais quoi, il faut bien que jeunesse se passe, et vous devez patiemment supporter que celle des autres se passe de vous.
Voici maintenant une autre vérité qui est la plus grande découverte de Bergson, et la marque de son génie : l'homme ne rit que de l'homme, ou d'un animal qui voudrait ressembler à un homme, ou d'un objet qui a une forme humaine.
Lorsque le rire va jusqu'au fou rire, il s'agit en effet d'une véritable folie physique, d'un orage de réflexes qui s'ajoutent ou se contrarient, et le rieur, qui ne se gouverne plus, en arrive à des spasmes douloureux.
Dans la vie, la frontière qui sépare le rire de la pitié est bien rarement aussi nette, et il existe, entre les deux, ce que les douaniers appellent une zone franche.
Avoir pitié, c'est se sentir égal à une autre créature humaine, qui souffre, et dont nous redoutons le sort pour nous-mêmes, parce que nous sentons, à ce moment-là, que nous sommes de la même espèce et que nous n'avons sur elle aucune supériorité, du moins en ce qui concerne le malheur précis qui excite notre pitié et qui nous menace nous-mêmes.
Faire rire tous ceux qui mourront, faire rire tous ceux qui ont perdu leur mère, ou qui la perdront… Celui qui leur fait oublier un instant les petites misères… la fatigue, l'inquiétude et la mort ; celui qui fait rire des êtres qui ont tant de raisons de pleurer, celui-là leur donne la force de vivre, et on l'aime comme un bienfaiteur…
La pitié, c'est la forme tendre de la peur : c'est la peur des intelligents, des imaginatifs, des prévoyants.

Œuvres de Marcel Pagnol

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