Œuvre

Le Château de ma mère (1957)

Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.
Comme on est faible quand on est dans son tort!
Ce pompeur de biberons commençait à bavoter des sons informes, auxquels elle répondait de vraies paroles, pour nous faire croire qu'il avait dit quelque chose.
Il dégagea l'oiseau, et dit: «C'est une bédouïde».
Comme on est faible, quand on est dans son tort!
Et il répétait sans cesse: «Comme on est faible quand on a tort». La vie m'a appris qu'il se trompait, et qu'on est faible quand on est pur.
Installé sur cette gloire, il était devenu redoutable: le succés fait souvent le talent.
Tel est le peuple : ses défauts ne viennent que de son ignorance. Mais son coeur est bon comme le bon pain, et il a la générosité des enfants.
Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins.
Les enfants ne connaissent guère la vraie amitié. Ils n'ont que des «copains» ou des complices, et changent d'amis en changeant d'école, ou de classe, ou même de banc.