Œuvre

Jazz (1954)

L'amour, ce n'est pas une passion, c'est une maladie.
Oui, les oeuvres de la pensée ne sont que des jeux dérisoires: fantaisie, fariboles, suggestion, blague et fichaise.
Ici bas, tout ce que font, disent ou pensent les hommes dans la lumière des matins ou sous les pleurnicheries des étoiles, tout n'est que blague et fichaise, de haut en bas, de bas en haut, de long en large et vice-versa.
Celui qui est capable de ressentir la passion, c'est qu'il peut l'inspirer.
La plupart des femmes qu'on n'a pas eues, c'est qu'on ne les a pas demandées.
Il faut bien que jeunesse se passe, et supporter patiemment que celle des autres se passe de nous.
L'intelligence, dans la nature, ce n'était qu'une pauvre petite lueur qui devait nous guider dans l'accomplissement des actes quotidiens. Et nous sommes comme serait un homme qui porte une lampe dans un souterrain à la recherche d'un trésor. Soudain, la lampe fume, ou flamboie, ou ronfle, ou crépite. Alors, il s'arrête, il s'assied par terre, il fait monter ou descendre la mèche, il règle des éclairages. Et ce travail l'intéresse tant qu'il a oublié le trésor, qu'il finit par croire que le bonheur c'est de perfectionner une lampe et de faire danser des ombres sur le mur. Et il se contente de ces pauvres joies de lampiste, jusqu'au jour où il voit soudain que sa vie s'est passée à ce jeu puéril… Alors, il veut se lever, il tend les mains vers le trésor… Trop tard ! La mort déjà le tient à la gorge. L'intelligence, c'est la lampe. Le trésor, ce sont les joies de la vie.
Mélanie, il faut bien que jeunesse se passe, et supporter patiemment que celle des autres se passe de nous.