Auteur

Jules Laforgue

Et quand tu t'endormiras, - Dans les draps - D'un somme, je t'éventerai de lointains opéras.
Elle est partie hier. Suis-je pas triste d'elle? - Mais c'est vrai! Voilà donc le fond de mon chagrin! - Oh! ma vie est aux plis de ta jupe fidèle!
Et moi je suis dans ce lit cru - De chambre d'hôtel, fade chambre, - Seul, battu dans les vents bourrus - De novembre.
Mon Coeur est une horloge oubliée à demeure, - Qui, me sachant défunt, s'obstine à sonner l'heure!
Un couchant mal bâti suppurant du livide.
Le couchant de sang est taché - Comme un tablier de boucher.
O fiancé probre, - Commandons ma robe! - Hélas! le bonheur est là, mais lui se dérobe...
Blocus sentimental! - Messageries du Levant!... - Oh, tombée de la pluie! Oh! tombée de la nuit, - Oh! le vent!...
L'hiver gèle les fricots des pauvres aux assiettes sans fleurs peintes.
Ah! la belle pleine Lune, - Grosse comme une fortune!
L'abcès perce! - Vl'à l'averse! - O grabuges - Des déluges!...
Oh! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir - Ne voulant plus que boire à mes lèvres, ou mourir!
Dans les Indes du Rêve aux pacifiques Ganges, - Que j'en ai des comptoirs, des hamacs de rechange!
Seul. - Le Couchant retient un moment son Quadrige - En rayons où le ballet des moucherons danse, - Puis, vers les toits fumants de la soupe, il s'afflige... - Et c'est le Soir, l'insaisissable confidence...
Le soleil est mirobolant - Comme un poitrail de chambellan.
En voulant mettre un peu d'ordre dans ce tiroir, - Je me suis perdu par mes grands vingt ans, ce soir - De Noël gras.
Ah, madame, ce n'est vraiment pas bien, - Quand on n'est pas la Joconde, - D'en adopter le maintien - Pour induire en spleens tout bleus le pauv'monde!
Et l'Espace, dans un - Va-et-vient giratoire, y détrame les toiles - D'azur pleines de cocons à foetus d'Etoiles.
Et les vents s'engueulent, - Tout le long des nuits! - Qu'est-c'que moi j'y puis, - Qu'est-ce donc qu'ils veulent?
O calice loyal mais vide - Qui jouais à me rester clos!
Les mares de vos yeux aux joncs de cils, - O vaillante oisive femme, - Quand donc me renverront-ils - La Lune-levante de ma belle âme?
Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs - Ou l'on voit se mêler en valses fantastiques - Des éléphants en rut à des choeurs de moustiques.
J'aurais passé ma vie le long des quais - A faillir m'embarquer - Dans de biens funestes histoires - Tout cela pour l'amour - De mon coeur fou de la gloire d'amour.
Et puis, quand je m'éveille en songeant à mes vers, - Je contemple, le coeur plein d'une douce joie, - Mon cher pouce rôti comme une cuisse d'oie.
Tout m'ennuie aujourd'hui. J'écarte mon rideau, - En haut ciel gris rayé d'une éternelle pluie, - En bas la rue où dans une brume de suie - Des ombres vont, glissant parmi les flaques d'eau.

Œuvres de Jules Laforgue

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