Ah! jusqu'à ce que la nature soit bien bonne, - Moi je veux vivre monotone.
Ah! que la Vie quotidienne... - Et, du plus vrai qu'on se souvienne, - Comme on fut piètre et sans génie...
Dans les jardins - De nos instincts - Allons cueillir - De quoi guérir...
O femme, mammifère à chignon, ô fétiche, - On t'absout; c'est un Dieu qui par tes yeux nous triche.
O mers, ô volières de ma Mémoire!
Vie ou néant! choisir. Ah! quelle discipline! - Que n'est-il un Eden entre ces deux usines?
Si mon air vous dit quelque chose, - Vous auriez tort de vous gêner; - Je ne la fais pas à la pose, - Je suis la Femme! on me connaît.
Mon corps, ô ma soeur, a bien mal à sa belle âme ...
Ah! ce soir, j'ai le coeur mal, le coeur à la Lune.
Les dieux s'en vont; plus que des hures; - Ah! ça devient tous les jours pis.
Je ne suis qu'un viveur lunaire - Qui fait des ronds dans les bassins, - Et cela, sans autre dessein - Que devenir un légendaire.
O! l'Eden immédiat des braves empirismes!
Penser qu'on vivra jamais dans cet astre, - Parfois me flanque un coup dans l'épigastre.
La plupart des femmes qui ont une poitrine exorbitante sont très imperturbables et même arrogantes.
Ah! tout est bien qui n'a pas de fin.
L'âme, cet infini qu'ont lassé tous ses dieux ...
L'Homme, ce fou rêveur d'un piètre mondicule, - Quand on y pense bien, est par trop ridicule.
L'homme entre deux néants n'est qu'un jour de misère.
O convoi solennel des soleils magnifiques, - Nouez et dénouez vos vastes masses d'or, - Doucement, tristement, sur de graves musiques, - Menez le deuil très lent de votre soeur qui dort.
Les morts - C'est discret - Ca dort - Bien au frais.
J'espère à l'éternullité.
Jupes des quinze ans, aurores de femmes, - Qui veut, enfin, des palais de mon âme?
Dans un album, - Mourait fossile - Un géranium - Cueilli aux Iles.
Ah! tu m'aimes, je t'aime! - Que la mort ne nous ait qu'ivres-morts de nous-mêmes!
Automne, automne, adieux de l'Adieu! - La tisane bout, noyant mon feu; - Le vent m'époumone - A reverdir la bûche où mon grand coeur tisonne.
Œuvres de Jules Laforgue
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