En vérité, l'homme a presque autant de reproches à se faire lorsqu'il ne parvient pas au bonheur que lorsqu'il pèche.
Auteur
Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul
L'homme doit être à la fois capable de passions et maître de ses passions.
Dieu est la lumière qui sans être vue rend tout visible et se cache sous les couleurs; l'oeil n'en reçoit que les rayons, mais le coeur en sent la chaleur.
L'enfant joyeux court sur un bâton, le vieillard morose se traîne sur une béquille: quelle différence entre ces deux enfants? l'espérance et le souvenir.
Les songes sont comme les belles-de-nuit, qui ne s'épanouissent que dans les ténèbres et se referment avec l'aurore: un parfum suave et mystérieux est le seul indice qui nous reste de leur apparition fugitive.
Que peut le soleil des sciences sur les gens du monde et du bon ton? Produire le même effet que l'autre soleil sur les glaces du pôle, les argenter et les dorer de ses rayons, mais non les pénétrer.
Les derniers et les meilleurs fruits qui ne mûrissent que tard dans une âme ardente et passionnée, c'est la douceur envers la dureté, la tolérance envers l'intolérance, la charité envers l'égoïsme, et l'amour des hommes à l'égard du misanthrope.
L'amour, l'ivresse, et quelquefois aussi les moments d'enthousiasme que l'aspect d'une belle nature nous inspire, nous font trop aimer ce qui nous plaît et trop haïr ce qui nous déplait.
La liberté est comme toutes les choses divines; on ne l'apprend ni ne l'acquiert, c'est un don inné.
La passion fait les meilleures observations et en tire les plus pitoyables conséquences; c'est une lunette dont le champ est d'autant plus clair qu'il est plus rétréci.
Le fruit de l'ananas mûrit toujours entre deux chardons: le présent, au contraire, mûrit toujours entre deux ananas, le souvenir et l'espérance.
Croyez-vous que les rochers de Saint-Marin soient la plus petite des républiques? - Il est un autre lieu encore plus petit où règne la liberté; vous le portez en vous-même , ou vous n'avez point de coeur.
La vertu des femmes ressemble à un instrument à cordes; on en jouit mieux dans la chambre. La vertu des hommes est un instrument à vent qui produit plus d'effet en plein air.
Les sentiments sont des étoiles qui ne brillent que sur un ciel serein; mais la raison est la boussole qui dirige la marche du navire, lorsque celles-ci sont cachées et ne brillent plus.
Quiconque a composé des satires, pardonne d'autant plus volontiers celles qu'on fait contre lui, même les plus mordantes, pourvu qu'elles soient spirituelles.
L'homme doit tendre à de nobles buts ou se proposer de grands modèles, autrement il perdra sa vertu; de même que l'aiguille aimantée longtemps détournée des pôles du monde.
Les vices des femmes sont plus méprisables que ceux de l'homme: les uns ont plus souvent pour cause la faiblesse; les autres, la force.
Quelques états ressemblent aux tuyaux d'orgue; on ne les fait d'abord si longs que pour les mettre d'accord en les rognant ensuite.
Tout est le mot le plus élevé et le plus hardi de notre langue; c'est aussi la pensée la plus rare, car la plupart des hommes ne voient dans l'univers que la rue où ils vivent, et dans l'histoire de l'éternité que celle de leur petite ville.
Il y a des gens qui n'ont jamais l'air aussi dur, ni plus de disposition à l'être, qu'au moment de leur plus grand attendrissement, tels que la neige qui se durcit encore un peu avant le dégel.
Dans un monde qui n'est qu'une foire et un bal masqué, il est dur de ne pas même conserver les franchises des foires et les libertés du carnaval.
L'homme a deux minutes et demie à passer en ce monde, l'une pour rire, l'autre pour pleurer, et une demi-minute pour aimer; car au milieu la mort l'atteint.
Notre siècle a la vertu du diable, celle qui fait le tourment de ceux qui en ont aussi peu que lui.
L'amour, comme les hommes, meurt plus souvent de l'excès que du manque d'aliment. Il se nourrit de lui-même, mais il ressemble à ces plantes des Alpes qui vivent en absorbant l'humidité des nuages, et qui meurent lorsqu'on les arrose.
Un homme ne découvre jamais mieux son caractère qu'en traçant celui d'autrui.
Œuvres de Johann Paul Friedrich Richter, dit Jean-Paul
Blumen, Frucht und DornenstückeBlumen, Frucht und Dornenstücke (1796)Die Unsichtbare LogeEtre là dans l'existenceEtre là dans l'existence (1998)Hesperus (1795)La Vie de Quintus Fixlein (1796)Le JubiléPenséesPensées extraites de tous les ouvrages de Johann Paul Friedrich Richter dit Jean-PaulTitan (1800)