Auteur

Jean d Ormesson

L'art n'a que les ressources de la vie de chacun: il change ce plomb en or.
Nous ne sommes, dans le présent, que souvenir et projet.
J'ai toujours défendu l'idée qu'il n'y a pas de devoir de culture et que la littérature est d'abord un plaisir. Un plaisir très haut et qui exige souvent des efforts. Mais enfin, un plaisir.
La littérature, c'est une affaire entendue, est du chagrin dominé par la grammaire.
La science est une tâche infinie. Le tout est un rébus, une devinette, une interrogation béante, une énigme. Pour avancer dans cette énigme aussi loin que possible, nous avons une seule ressource: notre pensée. Et un seul outil: la science.
Ce qu'il y a de mieux dans ce monde, de plus beau, de plus excitant, ce sont les commencements. L'enfance et les matins ont la splendeur des choses neuves. L'existence est souvent terne. Naître est toujours un bonheur.
Ce monde inépuisable, il n'existe que deux voies pour tenter d'en rendre compte: l'art et la science.
Le temps est une parenthèse, une illusion, un songe, et peut-être un mensonge.
Longtemps je me suis promené dans le monde, mains dans les poches, le nez en l'air. Et le monde est beau.
Il n'y a que les Suisses dont j'aurais du mal à raconter quoi que ce soit: ils sont heureux dans leurs montagnes à élever des vaches et des comptes en banque.
La science n'atteint jamais son but parce que le but n'en finit pas de se dérober - et qu'en vérité, il n'y a pas de but: le science est une tâche infinie. Sa grandeur est de se présenter comme un rêve toujours inassouvi.
Jouons cartes sur table: j'ai du mal à croire que, réglé avec tant de rigueur, si évidemment fait pour durer, emporté par un temps d'une subtilité et d'une complexité extrêmes et qui est le mystère même, l'univers n'ait aucun sens.
La vie de l'esprit est comme une spirale qui emprunte les mêmes trajets mais s'arrête aux même haltes à des niveaux différents.
La vie n'est que souffrance et mort et je m'arrange pour être heureux. Ma gloire est sans égale et ma misère est sans nom. Le Tout n'est que splendeur et je suis moins que rien.
Tout ce que nous pouvons faire et que nous ferons, sans nous lasser, est d'en savoir de plus en plus, et d'y comprendre de moins en moins. Tout s'explique. Tout reste obscur!
L'ère des opinions a laissé la place à celle des intérêts.
Avant le tout, il n'y avait rien. Après le tout, qu'y aura-t-il ?
Nous sommes un très petit, un minuscule fragment du tout. Mais que serait le tout sans les hommes ?
Où est l'avenir ? Question absurde. Nulle part.
L'air n'est pas, comme l'espace, comme la lumière, comme le feu, un instrument de l'infini, un outil du démiurge : c'est une poussière de rien du tout qui, à force de se glisser dans nos poumons, a su se rendre indispensable.
Ainsi, la pensée n'en finit pas d'avancer et de se contredire. Elle n'est jamais en repos. La pensée est ouverte sur le tout, le tout s'offre à la pensée.
L'ambiguïté du bien et du mal est cachée dans le rire comme elle est cachée dans les mots. Dans le silence et dans la parole, l'homme est capable de rire parce qu'il est capable de penser.
Si l'avenir n'était pas espérance, le monde serait un enfer.
L'amour est partout. L'amour est tout.
Le rêve de tout amour est de mourir pour ce qu'il aime.

Œuvres de Jean d Ormesson

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