Le mensonge n'est pas une pente à pic. Ce sont des montagnes russes qui vous emportent et qui vous coupent le souffle, qui vous arrêtent le coeur et vous le nouent dans la gorge.
J'ai beau me sermonner, me mettre devant l'armoire à glace, me répéter : tu ne mentiras plus. Tu ne mentiras plus. Tu ne mentiras plus. Je mens. Je mens. Je mens. Je mens pour les petites choses et pour les grandes. Et s'il m'arrive de dire la vérité, une fois par hasard, par surprise, elle se retourne, elle se recroqueville, elle se ratatine, elle grimace et elle devient mensonge
Je déteste mes mensonges et j'irai au bout du monde pour ne pas être obligé de faire ma confession. Et vous, dîtes-vous la vérité ? Êtes-vous dignes de m'entendre ?
Vous devez mentir ! Vous devez mentir tous, mentir sans cesse et aimer mentir et croire que vous ne mentez pas. Vous devez vous mentir à vous même. Tout est là !
Moi, je ne me mens pas à moi-même. Moi j'ai la franchise de m'avouer que je mens, que je suis un menteur. Vous, vous êtes des lâches. Vous m'écoutiez, vous vous disiez ! quel pauvre type ! Et vous profitiez de ma franchise pour dissimuler vos mensonges. Je vous tiens !
Ai-je menti en vous disant que je mentais ou en vous disant que je ne mens pas. Un menteur ! Moi ? Au fond je ne sais plus. Je m'embrouille. Quelle drôle d'époque. Suis-je un menteur ? Je vous le demande ? Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité.
C'est Noël, le plus merveilleux Noël de toute ma vie. Dans mes souliers il y a ton coeur, ton corps, ton âme, la joie de vivre et de travailler ensemble. Un objet serait « le cadeau utile » que je réprouve. Du superflu. Je ne regarderais que les mains qui le donnent. Mon Jeannot, jamais je ne répèterai assez : merci, merci pour ton génie créateur, merci pour notre amour. Ton Jean
C'est Noël, le plus merveilleux Noël de toute ma vie. Dans mes souliers il y a ton coeur, ton corps, ton âme, la joie de vivre et de travailler ensemble.
Tout brûle et se consume. La vie résulte d'une combustion.
L'homme a inventé de brûler en laissant derrière lui de belles cendres. Il y en a qui restent chaudes. C'est par elles que le passé se montre sous sa forme de présence.
Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. Il consiste à obéir au mécanisme des plantes et des arbres et à projeter du sperme loin autour de nous. Le luxe du monde est dans la perte. Ceci féconde, ceci tombe à côté. Ainsi va le sexe.
Le centre du plaisir est fort vague bien qu'il soit fort vif. Il invite la race à se perpétuer. Ce qui n'empêche qu'il fonctionne à l'aveuglette. Un chien épouse ma jambe. Une chienne s'escrime sur un chien.
Certaine plante jadis haute, maintenant atrophiée, fabrique encore pour sa graine un parachute qui tombe par terre avant de pouvoir s'ouvrir.
Les femmes des îles du Pacifique accouchent dans la bouse afin de ne laisser croître que les enfants forts. Par crainte du surnombre, ces îles favorisent ce qu'on a coutume d'appeler les mauvaises mœurs. Les soldats, les manoeuvres, les matelots qui s'y livrent n'y voient pas de crime. S'ils l'y voient, c'est que le vice les guette.
Le vice, écrivis-je, commence au choix. J'ai observé à Villefranche, jadis, des marins américains pour qui l'exercice de l'amour ne présentait aucune forme précise et qui s'arrangeaient de n'importe qui et de n'importe quoi. L'idée de vice ne leur traversait pas l'esprit. Ils agissaient à l'aveuglette. Ils se pliaient instinctivement aux règles très confuses des règnes végétal et animal.
« Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est Toi. » - \r\n\r\nEnfoncez-vous bien cette idée dans la tête. Il faudrait écrire ce conseil comme une réclame du Jubol. - \r\n\r\nEn effet le public aime à « reconnaitre ». Il déteste qu’on le dérange. La surprise le choque. Le pire sort d’une oeuvre c’est qu’on ne lui reproche rien — qu’on n’oblige pas son auteur à une attitude d’opposition.
Œuvres de Jean Cocteau
A François Mauriac.A Madame A. MauroisA propos de Brigitte Bardot.Allégories (1941)AntigoneAntigone (1922)Antigone, PostfaceCoupures de Presse, Secrets de beautéDiscours d'Oxford (1956)Discours de réception à l'Académie françaiseDiscours de réception à l'Académie française, 20 octobre 1955Discours de réception à l'Académie française, 20 octobre 1955.Discours de réception à l'Académie française.Discours du grand sommeil, Adieu aux fusiliers marinsDiscours du grand sommeil, prologue, 4Du cinématographeDémarche d'un poèteEntretiens sur le cinématographeEssai de critique indirecteEssai de critique indirecte (1932)