Œuvre
Journal d'un inconnu (1953)
Tout brûle et se consume. La vie résulte d'une combustion. L'homme a inventé de brûler en laissant derrière lui de belles cendres. Il y en a qui restent chaudes. C'est par elles que le passé se montre sous sa forme de présence.
Un poète est libre de ne pas suivre les rails de la science. De vaincre l'aquoibonisme.
C'est ce qui nous émeut en face du petit aurige de Delphes. Immobile et stable, ses orteils bien rangés les uns à côté des autres, il semble venir du fond des siècles et continuer sa route sur place, avec la canne blanche des aveugles.
La petite se méfiait. Peu à peu, elle s'habitua et sembla même flattée des attentions d'une grande personne qui ne bêtifiait pas et la traitait en égale.
Reste de se poser des colles et d'essayer de les résoudre. De se faire une idée d'un tableau possible, de copier cette idée jusqu'à ce que le tableau lui ressemble.
J'avais remarqué, à la campagne, et Montaigne l'explique mieux que moi, comme l'imagination se débride et s'éreinte à l'aveuglette si on ne la fixe pas sur quelque objet.
Lorsqu'un bon crime éclate, le tirage des journaux triple.
Léonard de Vinci eut la fortune de dire presque tout dans l'idiome international du graphisme. Ses textes s'accompagnent de dessins explicatifs.
Qui s'affecte d'une insulte, s'infecte.
L'art consacre le meurtre d'une habitude. L'artiste se charge de lui tordre le cou. Notre époque confuse se trouve prise, par exemple, au piège des peintres, parce que l'habitude lui est venue peu à peu de comparer un tableau à d'autres.
Nous savons que les paroles historiques ne furent jamais dites. Qu'importe! Elles caractériqent des figurent qui, sans ces paroles, nous demeureraient fort vagues, et perdraient le profil.
Tout brûle et se consume. La vie résulte d'une combustion.
L'homme a inventé de brûler en laissant derrière lui de belles cendres. Il y en a qui restent chaudes. C'est par elles que le passé se montre sous sa forme de présence.