Nous avons toujours été des habitants provisoires de cette planète.
On est fidèle à soi-même et c'est tout. On danse le pas de l'amour obstinément devant sa glace.
Passons à table! C'est la fin naturelle en France. Noces, baptêmes, duels, enterrements, escroqueries, affaires d'Etat, tout est prétexte à cette fin-là.
Oui, je t'oublierai. Oui, je vivrai, et malgré la trace sanglante de ton passage à coté de moi, je referai demain, avec patience, mon pauvre échafaudage d'homme sous l'oeil indifférent des dieux.
L'homme est un animal inconsolable et gai. Je t'expliquerai ça aussi un jour. L'essentiel est de pouvoir se regarder en face, le matin, en se rasant.
C'est curieux le nombre de conjugaisons qu'on passe son temps à faire, dans la langue française. Je t'aime, tu m'aimes, nous nous aimons.
Une bonne femme parlant toujours de son jardin, de ses confitures, de ses tricots, de ses éternels tricots pour les pauvres. C'est drôle comme les pauvres ont éternellement besoin de tricots. On dirait qu'ils n'ont besoin que de tricots.
Monsieur Damiens, passons à table ! c'est la fin naturelle en France. Noces, baptèmes, duels, enterrements, escroqueries, affaires d'Etat, tout est prétexte à cette fin-là.
Ah ! vos têtes, vos pauvres têtes de candidats au bonheur ! C'est vous qui êtes laids, même les plus beaux.
L'odeur de l'être qu'on aime se sent sous tous les parfums et je sais, moi, qu'Oreste n'a pas pu oublier celle de sa mère... Il n'est pas de fils qui l'oublient et qui, vieux, n'en rêvent encore, dans leurs peines...
Vous savez bien que l'amour, c'est avant tout le don de soi ! C'est vrai. Tant que l'être aimé est cette projection idéale de moi-même, tant qu'il est mon bien, ma chose, tant qu'il est moi.
La vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison.
Comprendre ! toujours comprendre. Moi je ne veux pas comprendre je comprendrai quand je serai vieille. Si je deviens vieille !
Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien.
Je le comprends seulement maintenant combien c'était simple de vivre...
Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre, et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine !
Le jardin dormait encore. Je l'ai surpris, nourrice. Je l'ai vu sans qu'il s'en doute. C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.
Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...
Je suis sans doute le seul homme, c'est vrai, auquel le destin aura donné la possibilité d'accomplir le rêve de chacun. Je suis un homme et je peux être, si je veux, aussi neuf qu'un enfant ! C'est un privilège dont il serait criminel de ne pas user.
Mais, voyez-vous, pour un homme sans mémoire, un passé tout entier, c'est trop lourd à endosser en une seule fois.
Moi, j'aime bien qu'il me coûte cher, mon plaisir ça me permet de me figurer que j'en ai vraiment envie.
Cela devrait être plus simple, bon Dieu, la vie ! Pourquoi toujours jouer au drame, alors que, tout bien pesé, l'amour, la politique, les hommes, tout est plutôt ridicule ou rigolo ?
Je vous parle de trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre.
L'orgueil d'Oedipe. Tu es l'orgueil d'Oedipe. Oui, maintenant que je l'ai retrouvé au fond de tes yeux, je te crois. Tu as du pensée que je te ferais mourir. Et cela te paraissait une dénouement tout naturel pour toi, orgueilleuse !
Je ne veux pas le savoir. Tout le monde a des excuses, tout le monde a quelque chose à objecter. S'il fallait écouter les gens, s'il fallait essayer de comprendre, on serait propres.
Œuvres de Jean Anouilh
A un journaliste.Antigone (1942)Antigone (1942), 3, Antigone à CréonAntigone (1942), AntigoneAntigone (1942), Le gardeArdèle ou la MargueriteArdèle ou la Marguerite (1948)Ardèle ou la Marguerite, Le ComteBecket ou l'Honneur de DieuBecket ou l'Honneur de Dieu (1959)Chers ZoiseauxColombeColombe (1951)Cécile ou l'école des pèresCécile ou l'école des pères (1952), Monsieur OrbasEurydice (1942)Fables (1962), La disputeFables (1962), Le chat bourgeoisL'Alouette (1953)L'Hermine (1931)