Tournant autour d'une futaille dressée sur le sol et couronnée de flammes, tandis que le feu de copeaux chauffe les douves assemblées, les tonneliers frappent en cadence sur les cercles de fer.
Auteur
Jacques Chardonne
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· biographie ↗
Un romancier ne peut décrire la vie sans l'interpréter; on lui demande un tableau signé.
L'amour, au contraire, apporte une vive conscience de son objet; il veut la présence entière. Cela n'est pas supportable longtemps.
Le corps d'une femme est un secret bien gardé et une longue histoire.
C'est vrai, on n'aime qu'une fois. Il y a un sentiment qui épuise à jamais, qui brûle tout. On en sort avec l'épouvante de l'amour.
Vu au microscope, l'amour est un pullulement d'erreurs, de faux pas, de désaccords.
On n'oublie jamais une femme qui a été votre femme.
L'amour nous perd toujours. Malheureux, il dévaste; satisfait, il nous dépossède davantage.
Il y a un secret pour vivre heureux avec la personne qu'on aime: il ne faut pas vouloir la modifier. Pour corriger un travers qui nous agace, on a bientôt renversé son bonheur.
Il semble que rien ne soit plus déterminé que notre caractère et plus difficile à modifier qu'un penchant ou un trait de notre nature.
Un métier vous détourne de bien des vanités.
Je crois qu'on trouverait dans certaines conditions d'existence, dans certains rapports avec la famille surtout, la raison d'être de beaucoup d'oeuvres et aussi la cause qui en a détruit dans le germe un bon nombre.
La morale, c'est le goût de ce qui est pur et défie le temps: c'est le mépris du relâchement.
Lorsqu'un homme atteint un certain niveau social, c'est-à-dire certain affinement intellectuel, il ne pâtit plus des accidents de la fortune. Il appartient, à jamais, à cette classe privilégiée où les signes extérieurs de la réussite ne comptent guère.
Nous avons peu de goûts réels. Parfois, nous croyons aimer ce que nous détestons et nous souffrons de ce qui nous est bon; la sensibilité inconsciente complique beaucoup les sentiments. Il y a d'étranges méprises dans le bonheur comme dans le malheur.
Je me méfie des remèdes prompts. Les voies de la vie sont lentes, rudes et injustes. L'action de l'homme est humble, presque sans espoir. J'admire cette humilité de l'action, la seule qui soit vraie.
Il arrive que le malheur bouleverse un être, ouvre en lui des portes secrètes, l'illumine. Mais le bonheur nous touche doucement, et nous le recevons tels que nous sommes, avec notre passé et notre caractère. Il n'y a de paradis que pour les anges.
Comme l'enfant, l'écrivain grandit par bonds; il est à la merci de souffles mystérieux. Rien ne décèle ce qu'il sera demain, rien ne lui annonce ce qu'il va écrire, ni l'ascension prochaine, ni l'échec; du moins quand il a du génie, comme l'enfant.
L'amour c'est beaucoup plus que l'amour. Il y entre toujours autre chose, l'esprit après les sens, l'âge, la douleur.
La littérature, c'est une religion: elle a peu de fidèles; elle n'a que des prêtres.
Pour agir, il faut une forte dose de défauts. Un homme sans défauts n'est bon à rien. Nos goûts, nos jugements viennent du tempérament; donc du germe. Nos idées sont les produits du sang. La sérénité, c'est l'indifférence.
J'ai toujours admiré les femmes. Elles ont sur l'existence des informations qui nous échappent. Elles savent interpréter les nuances et elles se constituent une vaste science humaine avec peu d'éléments.
L'amitié ne supporte qu'une vision épurée, qui est la vraie.
La famille n'est pas la cellule sociale. On peut concevoir une société absolument différente de la nôtre. Mais toujours la famille se reformera. C'est l'amour qui l'impose parce qu'il veut durer.
Je crains que, faute d'éducation, les jeunes filles d'aujourd'hui ne sachent pas aimer. L'amour exige certaines préparations, une retenue, des réserves, une rêverie préalable, comme une religion qui a été tôt déposée dans le coeur.
Œuvres de Jacques Chardonne
Attachements (1941)Ce que je voulais vous dire aujourd'hui (1970)Chimériques (1948)Claire (1931)Demi-jour - suite et fin du Ciel dans la fenêtre (1964)Eva ou le journal interrompu (1930)Femmes - contes choisis et quelques images (1961)L'Amour du Prochain (1932)L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour (1937)L'Epithalame (1921)Le Bonheur de Barbezieux (1938)Le Chant du Bienheureux (1927)Le ciel dans la fenêtre (1959)Les Destinées Sentimentales (1934-1936)Les Destinées Sentimentales (1934-1936), PaulineLettre à Jean Paulhan, 22 août 1948.Lettre, à Paul Morand, 19 novembre 1959Oeuvres complètesPropos comme ça (1966)Propos comme çà