Auteur

Jacques Chardonne

Pendant qu'on chargeait les sacs et les bagages sur deux fourragères, le détachement forma les faisceaux.
Il fallait suivre René qui se dirigeait avec sûreté entre les pins et les arbrisseaux, écartant les branches pour lui frayer passage.
Si certains jeux me sont maintenant défendus, je ne me sens pas frustré. Il faut croire que d'autres choses me sont données à la place et que je préfère.
De loin en loin, des fours clos, bruns et ronds comme de vieilles tours, laissent percer par de petites lucarnes fulgurantes leur embrasement intérieur.
Je me suis rapproché du Rhin, que je ne traverserai plus jamais. Au-delà se passent des choses qui me soulèvent le coeur.
Les huîtres naissent de la mer. Elles demeurent quelques années dans les parcs sur le rivage, puis elles font un séjour dans les claires où elles prennent leur teinte verte et je crois plus de saveur.
Dans un village, parmi les plus humbles habitants, on voit les coteries, les fiertés, les préjugés des gens du monde.
L'univers de la vie intime est illimité. Nous ignorons où le coeur nous mène et la portée d'une émotion.
Une société très dure qui imposerait ses cadres, ses faveurs et sa hierarchie, sans ménagement, sans admettre une critique, serait inattaquable.
Dans les pays où l'industrie est très développée, les hommes sont actifs, inventifs, ardents au travail et assoiffés de gain.
Je songe à ce style modeste et strict, qui seul conserve à travers les âges une pensée vive.
Il ne faut pas du tout juger l'homme sur ses écrits désespérés. En fait, la vie est assez plate et nous sommes tous à peu près heureux, sauf quelques malades.
On n'est jamais exactement heureux ou triste, et quand on poursuit «le bonheur» on court après le reflet d'un mot.
L'empire du fait qui avait porté si haut notre civilisation est à peu près ruiné par un mauvais usage de la raison.
Au fond de toute originalité, il y a un défaut.
Le mariage est une religion; il promet le salut, mais il faut la grâce.
La sérénité, c'est l'indifférence. Tout le reste est vulgaire.
L'optimisme est ridicule; le pessimisme, non-sens.
Deux lits séparés et voisins ont des inconvénients. Cette ruelle qu'on franchit donne au geste un relief, un air de préméditation qui peut froisser une femme.
Les employés d'une maison de commerce sont attachéspar le coeur à la maison, et fort peu à leurs compagnons de travail; ils ont le sentiment de dépendre d'un organisme complexe, qui a son existence propre.
Un regard un peu tendre intéresse tout de suite. On croit s'aimer dès que les mains se touchent. Nous sommes tous faciles à prendre.
On n'a d'ouverture sur un être que si on en est aimé. La femme qu'on aime et qui ne vous aime pas, demeure incompréhensible.
L'homme vit dans la mesure où l'esprit est délié, capable de rapports assez délicats, dans l'amitié, dans l'amour, dans les échanges, et, donc, dans la conversation.
L'amitié vraie est très rare, comme l'amour. C'est une chance, si elle nous accompagne toute la vie. Il suffit de savoir qu'elle existe et que l'homme en est capable.
Il n' y a pas d'amour qui ne soit à base de sensualité. Oui, je sais: l'admiration, la tendresse, l'harmonie des urnes, on fabrique de l'amour avec cela. Mais c'est l'amour des coeurs desséchés.

Œuvres de Jacques Chardonne

Attachements (1941)Ce que je voulais vous dire aujourd'hui (1970)Chimériques (1948)Claire (1931)Demi-jour - suite et fin du Ciel dans la fenêtre (1964)Eva ou le journal interrompu (1930)Femmes - contes choisis et quelques images (1961)L'Amour du Prochain (1932)L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour (1937)L'Epithalame (1921)Le Bonheur de Barbezieux (1938)Le Chant du Bienheureux (1927)Le ciel dans la fenêtre (1959)Les Destinées Sentimentales (1934-1936)Les Destinées Sentimentales (1934-1936), PaulineLettre à Jean Paulhan, 22 août 1948.Lettre, à Paul Morand, 19 novembre 1959Oeuvres complètesPropos comme ça (1966)Propos comme çà