Œuvre

L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour (1937)

Il faut avoir le courage d'abandonner ses enfants; leur sagesse n'est pas la nôtre.
L'amour, c'est beaucoup plus que l'amour.
La paresse est nécessaire. Il faut la mêler à sa vie pour prendre conscience de la vie.
Le couple, c'est autrui à bout portant. Choisir c'est se livrer.
Le monde est plein de braves gens qui ne voient partout que des gredins.
Les maux réels affectent moins les hommes que l'idée qu'ils se font de leur condition.
Sans morale, il n'y a plus de vin de Bordeaux, ni de style. La morale, c'est le goût de ce qui est pur et défie le temps.
Tout est disposé en faveur du pessimiste. Mais le pessimiste s'est toujours trompé.
On n'est jamais exactement heureux ou triste, et quand on poursuit «le bonheur» on court après le reflet d'un mot.
L'empire du fait qui avait porté si haut notre civilisation est à peu près ruiné par un mauvais usage de la raison.
Au fond de toute originalité, il y a un défaut.
La morale, c'est le goût de ce qui est pur et défie le temps: c'est le mépris du relâchement.
Lorsqu'un homme atteint un certain niveau social, c'est-à-dire certain affinement intellectuel, il ne pâtit plus des accidents de la fortune. Il appartient, à jamais, à cette classe privilégiée où les signes extérieurs de la réussite ne comptent guère.
Nous avons peu de goûts réels. Parfois, nous croyons aimer ce que nous détestons et nous souffrons de ce qui nous est bon; la sensibilité inconsciente complique beaucoup les sentiments. Il y a d'étranges méprises dans le bonheur comme dans le malheur.
Je me méfie des remèdes prompts. Les voies de la vie sont lentes, rudes et injustes. L'action de l'homme est humble, presque sans espoir. J'admire cette humilité de l'action, la seule qui soit vraie.
La famille n'est pas la cellule sociale. On peut concevoir une société absolument différente de la nôtre. Mais toujours la famille se reformera. C'est l'amour qui l'impose parce qu'il veut durer.
Je crains que, faute d'éducation, les jeunes filles d'aujourd'hui ne sachent pas aimer. L'amour exige certaines préparations, une retenue, des réserves, une rêverie préalable, comme une religion qui a été tôt déposée dans le coeur.
La jalousie est le vice de la possession. Posséder est interdit à l'homme. Faute de posséder la personne réelle, le jaloux s'épuise à créer une présence fictive, vivifiée sans cesse par l'idée de perdre.
Un homme, ce n'est pas assez pour une femme, ou bien c'est trop.
C'est la solitude qui pouvait encore m'intéresser. Elle m'intrigue comme ces temples orientaux interdits aux profanes. La solitude, je pense, est propice aux révélations de l'esprit.
On n'est jamais exactement heureux ou triste, et quand on poursuit le bonheur on court après le reflet d'un mot.