Auteur

J. M. Coetzee

Est-ce que c'est cela l'amour, cette générosité sans contrainte, ce sentiment d'être enfin compris, de ne pas avoir à faire semblant ?
Nous avons des enfants pour nous apprendre à aimer et à servir. Par le truchement de nos enfants nous devenons les serviteurs du temps. Regardez au fond de votre coeur.
Je vous demande de vous en souvenir : ce n'est pas parce qu'un homme porte la marque du naufrage qu'au fond de son coeur il est un naufragé.
Il y a une autre façon, plus brutale, de dire la même chose. En fait il y a mille autres façons : il pourrait passer le reste de sa vie à en faire la liste. Mais la façon la plus brutale est de dire qu'il a peur : peur d'écrire, peur des femmes.
C'est une affaire de tempérament. Il est trop vieux, il ne va pas changer : le tempérament à son âge est bien établi, solidement figé. D'abord le crâne, ensuite le tempérament : les deux parties du corps les plus dures.
Si ce garçon était le seul d'entre nous avec des yeux pour voir ? Si les fous étaient en réalité sains d'esprit et si les sains d'esprit étaient en fait des fous ?
C'est la honte qui fait de nous des êtres humains, la honte de notre impureté. Adam et Eve : le mythe fondateur. Avant cela nous n'étions tous ensemble que des animaux.
Il y a une autre façon, plus brutale, de dire la même chose. En fait il y a mille autres façons : il pourrait passer le reste de sa vie à en faire la liste. Mais la façon la plus brutale est de dire qu’il a peur : peur d’écrire, peur des femmes.
Ce que nous appelons la beauté est simplement un pressentiment de la terreur, lui dit Rilke. Nous nous prosternons devant la beauté pour la remercier de dédaigner de nous détruire. Le détruiraient-elles s’il s’aventurait trop près, ces belles créatures venues d’autres mondes, ces anges, ou le trouveraient-elles trop insignifiant pour ça ?
Il y a deux, peut-être trois endroits au monde où la vie peut être vécue à plein: Londres, Paris, peut-être Vienne. Paris vient en premier: ville de l'amour, ville de l'art. Mais pour vivre à Paris, il faut avoir fait ses études dans un de ces établissements huppés où on enseigne le français.
l y a deux, peut-être trois endroits au monde où la vie peut être vécue à plein: Londres, Paris, peut-être Vienne.
Plus il a affaire à l’informatique, plus cela lui semble être comme un jeu d’échecs : un petit monde bien clos défini par des règles fabriquées, un monde dans lequel des garçons prédisposés par un type de tempérament se laissent prendre et deviennent à moitié fous, tout comme il est lui-même à demi-fou, de sorte que qu’ils se leurrent en croyant qu’ils jouent à ce jeu, alors que c’est le jeu qui se joue d’eux.
C’est un monde auquel il peut échapper – il n’est pas trop tard. L’autre solution est de s’accommoder, comme il voit les jeunes hommes autour de lui le faire, l’un après l’autre : se résigner au mariage, à une maison et une voiture, se résigner à ce que la vie a à offrir, d’un point de vue réaliste, et se consacrer à corps perdu au travail.
Il tue le temps, il s’efforce de tuer le dimanche pour que le lundi vienne plus vite, et avec le lundi le soulagement du travail. Mais vu de plus loin, le travail est aussi une manière de tuer le temps.
Il est bien conscient que son échec comme écrivain et son échec comme amant sont si intimement liés qu’ils pourraient n’être qu’une seule et même chose. Il est l’homme, le poète, le créateur, le principe actif, et l’homme n’est pas censé attendre que la femme vienne à lui. Au contraire, c’est la femme qui est censée attendre l’homme. La femme est celle qui attend d’être réveillée par le baiser du prince ; la femme est le bourgeon qui s’ouvre sous la caresse des rayons du soleil. S’il n’a pas la volonté d’agir, il ne se passera rien, en amour ou en art.
La femme est celle qui attend d’être réveillée par le baiser du prince ; la femme est le bourgeon qui s’ouvre sous la caresse des rayons du soleil. S’il n’a pas la volonté d’agir, il ne se passera rien, en amour ou en art.
Il continue à enseigner parce que cela lui donne de quoi vivre; et aussi parce que c'est une leçon d'humilité, cela lui fait comprendre la place qui est la sienne dans le monde. C'est celui qui enseigne qui apprend la plus âpre des leçons, alors que ceux qui sont là pour apprendre quelque chose n'apprennent rien du tout.
Quand on arrive à un certain âge, toutes les liaisons sont sérieuses. Comme les crises cardiaques.
Après un certain âge, on n’a tout simplement plus de charme, il faut s’y faire. Il ne reste qu’à serrer les dents et vivre ce qu’il reste à vivre. Faire son temps.
Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n'y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu'il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l'occasion de connaître le bonheur le temps d'une journée. C'est la théorie. Tiens-t'en à la théorie et à ce qu'elle a de réconfortant. Il ne s'agit pas de méchanceté humaine, mais d'un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n'ont rien à voir.
Il est surpris de voir qu'il lui suffit d'une heure et demie par semaine en compagnie d'une femme pour être heureux, lui qui croyait qu'il lui fallait une épouse, un foyer, le mariage. Ses besoins s'avèrent assez modestes, tout compte fait, modestes et éphémères, comme les besoins d'un papillon.
On s’endurcit avec l’habitude : ce doit être vrai dans la plupart des cas, mais cela ne semble pas être vrai pour lui. Il ne semble pas avoir ce don, un cœur dur. n s’endurcit avec l’habitude : ce doit être vrai dans la plupart des cas, mais cela ne semble pas être vrai pour lui. Il ne semble pas avoir ce don, un coeur dur.
L'affection n'est pas l'amour, mais ces sentiments entretiennent une relation de cousinage.
Nous vivons une époque de puritanisme. La vie privée des uns est l'affaire de tous.
Être père...Je ne peux m’empêcher d'avoir le sentiment qu'en comparaison de ce que c'est que d'être mère, être père est quelque chose de plutôt abstrait.

Œuvres de J. M. Coetzee

Disgrâce (1999)Elizabeth Costello (2006)En attendant les barbares (2000)Foe (1986)L'Homme ralenti (2006)Scènes de la vie d'un jeune garçon (1997)Une enfance de Jésus (2014)Vers l'âge d'homme (2003)