Œuvre

Disgrâce (1999)

C'est une affaire de tempérament. Il est trop vieux, il ne va pas changer : le tempérament à son âge est bien établi, solidement figé. D'abord le crâne, ensuite le tempérament : les deux parties du corps les plus dures.
Il continue à enseigner parce que cela lui donne de quoi vivre; et aussi parce que c'est une leçon d'humilité, cela lui fait comprendre la place qui est la sienne dans le monde. C'est celui qui enseigne qui apprend la plus âpre des leçons, alors que ceux qui sont là pour apprendre quelque chose n'apprennent rien du tout.
Quand on arrive à un certain âge, toutes les liaisons sont sérieuses. Comme les crises cardiaques.
Après un certain âge, on n’a tout simplement plus de charme, il faut s’y faire. Il ne reste qu’à serrer les dents et vivre ce qu’il reste à vivre. Faire son temps.
Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n'y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu'il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l'occasion de connaître le bonheur le temps d'une journée. C'est la théorie. Tiens-t'en à la théorie et à ce qu'elle a de réconfortant. Il ne s'agit pas de méchanceté humaine, mais d'un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n'ont rien à voir.
Il est surpris de voir qu'il lui suffit d'une heure et demie par semaine en compagnie d'une femme pour être heureux, lui qui croyait qu'il lui fallait une épouse, un foyer, le mariage. Ses besoins s'avèrent assez modestes, tout compte fait, modestes et éphémères, comme les besoins d'un papillon.
On s’endurcit avec l’habitude : ce doit être vrai dans la plupart des cas, mais cela ne semble pas être vrai pour lui. Il ne semble pas avoir ce don, un cœur dur. n s’endurcit avec l’habitude : ce doit être vrai dans la plupart des cas, mais cela ne semble pas être vrai pour lui. Il ne semble pas avoir ce don, un coeur dur.
L'affection n'est pas l'amour, mais ces sentiments entretiennent une relation de cousinage.
Nous vivons une époque de puritanisme. La vie privée des uns est l'affaire de tous.
Être père...Je ne peux m’empêcher d'avoir le sentiment qu'en comparaison de ce que c'est que d'être mère, être père est quelque chose de plutôt abstrait.
Peut-être est-ce une bonne chose de connaître une chute de temps en temps. Tant qu'on n'en ressort pas brisé.
Cependant il n'a pas oublié ce que chante le chœur à la fin d'Œdipe : Ne dis jamais qu'un homme est heureux avant sa mort.