Auteur

Henry de Montherlant

Une valeur qui n'est pas reconnue, c'est une non-valeur qu'on laisse mettre à sa place.
Chaque beauté, chaque chose réussie, l'homme s'ingénie à la gâcher, même quand elle est sa création.
On aimait l'or parce qu'il donnait le pouvoir et qu'avec le pouvoir on faisait de grandes choses. Maintenant on aime le pouvoir parce qu'il donne l'or et qu'avec cet or on en fait de petites.
Cette revue est d'ailleurs fort bien conçue: quand on voit qu'elle est rédigée d'une façon vraiment pratique, quand on voit qu'on peut réellement y trouver ce qu'on cherche, on s'émerveille qu'elle soit faite par des Français.
Le repliement sur soi-même n'est bon qu'aux natures singulières et fortes, et encore, à condition d'être relatif et entrecoupé.
La femme est faite pour un homme, l'homme est fait pour toutes les femmes: elle commence à aimer, quand lui, il a fini.
Les gens qui ne connaissent rien du monde (ce dont ils se glorifient en se disant «stricts») ont toujours un peu d'âcreté envers ceux qui ont une expérience humaine.
Ces offres et ces appels qui s'entrecroisent, ce sont comme des oiseaux dont les vols se coupent dans le vaste espace; enfin quelques-uns se rejoignent et ils s'envolent deux par deux.
Etre aimé plus qu'on n'aime est une des croix de la vie. Parce que cela vous contraint soit à feindre un sentiment de retour qu'on n'éprouve pas, soit à faire souffrir par sa froideur et ses rebuts.
Aimer engage, faire du bien engage. On n'a pas le droit d'aimer les gens de la même façon qu'on fait la charité, anonymement, sans vouloir entrer dans leur vie...
Toutes les femmes préfèrent se consumer en brûlant, à être éteintes; toutes les femmes préfèrent être dévorées, à être dédaignées.
L'amitié homme-femme est ce que la musique est à l'instrument qui la produit. L'amitié homme-femme est une musique, parfaitement immatérielle et céleste, parfaitement différente de la sensualité, mais qui n'existe que par elle.
La souffrance est l'oraison de ceux qui ne pensent ni ne prient.
La vanité est la passion dominante de l'homme. Il est faux qu'on puisse faire faire tout ce qu'on veut aux hommes avec de l'argent. Mais on peut faire faire tout, à la plupart des hommes, en les prenant par la vanité.
On fait un effort pour être autre chose que soi-même, puis on renonce: c'est encore être soi-même qui est le moins difficile. Le chien retourne à son vomi.
On aime une femme d'amitié «parce que», mais on l'aime d'amour «bien que».
Une des joies des vrais riches, c'est de faire croire qu'ils sont pauvres. Ces petites pécores qui, au restaurant, vous regardent avec une moue, parce que vous portez une chemise à vingt-deux francs, - si elles savaient!
Plus on fait l'amour, plus on a envie de le faire. A l'inverse, si on s'en abstient complètement (à condition de n'être plus dans la fougue de l'âge, et d'avoir eu son saoul), l'envie en disparaît: les organes s'endorment, puis s'atrophient.
Ce qui est tragique chez les anxieux, c'est qu'ils ont toujours raison de l'être.
Ambition et cupidité sont les deux jambes de l'homme du siècle; celui qui ne les a pas est un cul-de-jatte dans la foule.
Un homme trouve toujours assez d'argent pour faire l'amour.
La plupart de ceux qui souffrent connaissent le remède à leur mal. Et le monde, autour d'eux, lui aussi connaît ce remède. Et cependant de toute cette connaissance rien ne naît pour leur soulagement.
Comme on fait autour d'une statue qui est également belle sur toutes ses faces, je puis tourner autour de vous toujours à la même hauteur de joie.
L'idéal de l'amour n'est pas l'amour partagé, mais d'aimer sans qu'on vous le rende.
Nous n'avons que faire de l'amour des femmes, que dis-je, il nous assomme.

Œuvres de Henry de Montherlant

Carnets (1957)Carnets (1957), années 1930 à 1944Carnets (1957), du 19 septembre 1930 au 26 avril 1932Carnets 1930-1944 (1957)Carnets XIX à XXI, du 19 Septembre 1930 au 26 avril 1932Chant funèbre pour les morts de VerdunDans Le Suicide de Pierre Moron.Demain il fera jour (1949)Don Juan, IV, 1Essais (1963)Fils de personne (1943)L'Equinoxe de septembre (1938)La Guerre civile (1965)La Jeunesse d'Alban de Bricoule, Le Songe (1922)La Jeunesse d'Alban de Bricoule, Les Bestiaires (1926)La Mort qui fait le trottoir (1956), II, 4, Don JuanLa Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956)La Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956), ILa Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956), IILa Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956), III