Œuvre

Carnets (1957)

Ce grand ressort méconnu de tant de conduites humaines, le désoeuvrement.
Il y a deux moments de sa vie où tout homme est respectable: son enfance et son agonie.
Il y a une pente de catholiques à croire et à vouloir faire croire que les incroyants sont malheureux.
Je n'imagine pas le génie sans courage.
La liberté existe toujours. Il suffit d'en payer le prix.
La politique est l'art de se servir des gens.
La religion est la maladie honteuse de l'humanité. La politique en est le cancer.
Le bonheur ne m'ennuie jamais.
Les âmes communes n'apprennent le sentiment de la justice que lorsqu'elles ont eu des déboires.
Les jeunes gens n'ont pas besoin de maîtres à penser, mais de maîtres à se conduire.
Les vieillards meurent parce qu'ils ne sont plus aimés.
Nos émotions sont dans nos mots comme des oiseaux empaillés.
On blesse l'amour-propre, on ne le tue pas.
On ne doit pas accorder sa confiance à quelqu'un qui ne sourit jamais.
Qui aime, attend.
Qui veut trop trouver ne trouve rien.
Tout ce qui est naturel est injuste.
Une règle d'or: faire peu de choses.
Après avoir fait l'amour, le premier qui parle dit une bêtise.
Un véritable homme de lettres, à la pensée de sa mort, est triste moins de mourir que de ne pouvoir concevoir sur la mort ne fût-ce qu'une seule pensée originale.
L'habitude de se rajeunir est si ancrée, même chez les messieurs, que je me demande si Jésus-Christ est mort à trente-quatre ans.
Si quelqu'un fait pour vous aider quelque chose, mais le fait de travers, vous voyez, vous, qu'il l'a fait de travers; lui, il voit qu'il l'a fait.
J'aime ma femme, mais j'aime mieux mon roman.
Le diable: encore un incompris!
Tout ce que nous donnons nous manquera un jour.