Œuvre

Les Célibataires (1934)

M. de Coantré fut, sinon tout à fait désappointé, du moins décontenancé.
M. Octave mesurait ce qu'il faisait pour les autres, moins à son efficacité, qu'au mal qu'il se donnait pour le faire.
C'était merveille d'entendre le baron faire cet éloge du travail manuel - ou plutôt ce n'était pas merveille, puisque le caractère sacré du travail manuel est une trouvaille purement et spécifiquement bourgeoise.
Une des joies des vrais riches, c'est de faire croire qu'ils sont pauvres. Ces petites pécores qui, au restaurant, vous regardent avec une moue, parce que vous portez une chemise à vingt-deux francs, - si elles savaient!
Plus on fait l'amour, plus on a envie de le faire. A l'inverse, si on s'en abstient complètement (à condition de n'être plus dans la fougue de l'âge, et d'avoir eu son saoul), l'envie en disparaît: les organes s'endorment, puis s'atrophient.
Ce qui est tragique chez les anxieux, c'est qu'ils ont toujours raison de l'être.
Ambition et cupidité sont les deux jambes de l'homme du siècle; celui qui ne les a pas est un cul-de-jatte dans la foule.
Un homme trouve toujours assez d'argent pour faire l'amour.
La plupart de ceux qui souffrent connaissent le remède à leur mal. Et le monde, autour d'eux, lui aussi connaît ce remède. Et cependant de toute cette connaissance rien ne naît pour leur soulagement.
- Voyez-vous ce qu'il faut, c'est ne pas laisser la vie se figer. La vie est toujours bonne pour quelqu'un de viril.
La fidélité n'est pas dans les actes mais dans le coeur.
Le monde croit volontiers qu'une jeune fille qui joue la comédie, ou qui est un type, ou qui prépare son baccalauréat, ou qui flirte, ou qui, sans plus, est mal élevée, est une jeune fille intelligente.
Quelle place tiendra un individu qui est dans le siècle, qui n'a pas d'ambition et qui n'aime pas l'argent ? Ambition et cupidité sont les deux jambes de l'homme du siècle ; celui qui ne les a pas est un cul-de-jatte dans la foule.
Pour les célibataires, le monde est cette balle au bout d'un élastique : ils ont beau l'envoyer loin d'eux, il leur revient avec prestesse.
Le caractère sacré du travail manuel est une trouvaille purement et spécifiquement bourgeoise.
Les sauvages de la trentième année sont les amers de la cinquantaine.
Et les êtres ! A nos soupirs, quelque part, toujours des soupirs répondent. Mais nous ne savons où, et nul ne nous le dit, et nous restons avec notre soif, et la vie passe.
A notre époque, le seul luxe est l'authenticité.
Rien n'est beau que le faux, le faux seul est aimable.
La fidélité n'est pas dans les actes mais dans le coeur. A telle petite écorchure on croit qu'on peut arracher la croûte impunément ; et on le fait, mais, des heures après la blessure, cela se remet à saigner.
On ne comprend rien à la vie, tant qu'on n'a pas compris que tout y est confusion.
Cent fois nous avons des pressentiments. Quatre-vingt-dix-neuf fois ils se révèlent faux, mais une fois tombe juste ; alors nous prenons des airs, nous disons qu'il y a des choses mystérieuses.
C'est une grande erreur, que faire une confiance illimitée à la méchanceté des hommes : il est rare qu'ils nous fassent tout le mal qu'ils pourraient.