Tout garçon au nom français a pour moi quelque chose de plus que n'importe qui. Aucun avec qui je n'aie affaire. Aucun qui ne soit un élément de mon ordre, mon partisan, de qui je me demande : «Que ferai-je pour lui ?»
Auteur
Henry de Montherlant
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Préparation à la mort ! Il n'y a qu'une préparation à la mort : elle est d'être rassasié. D'âme. De coeur. D'esprit. De chair. A ras bords. Et il n'y a qu'une immortalité qui vaudrait d'être souhaitée, c'est celle de la vie.
Si quelque chose m'avait empêché d'avoir un fils, c'eût été la peur qu'il n'eût pas de moeurs honnêtes. Par «moeurs honnêtes» j'entends surtout cette qualité d'un être, grâce à laquelle le mal le dégoûte comme une vulgarité.
Rester seul, délibérément, dans une société où chaque jour davantage votre intérêt évident est de vous agréger, c'est cette forme d'héroïsme que je vous convie ici à saluer.
Il n'y a rien dans un homme de plus solide que ses passions, c'est-à-dire de plus propre à ce qu'on s'appuie dessus, et à ce qu'il s'y appuie lui-même. Otez-lui ses petitesses et laissez-lui ses vices.
C'est beau, la vie. Quand on la retourne et qu'on la voit à fond, quand on voit ce qui est, il y a de quoi tomber à genoux. Ce qui est ! Ces trois syllabes ! La vie est certainement quelque chose d'extraordinaire. Plus extraordinaire que le génie.
Nous sommes dans la main de la destinée comme un oiseau dans la main d'un homme. Tantôt elle nous oublie, elle regarde ailleurs, nous respirons. Et soudain, elle se souvient de nous et elle serre un peu, elle nous étouffe.
Il y a des disputes où l'on va, l'on va, l'on s'échauffe, il se peut qu'on échange des coups, et un moment vient où l'on s'aperçoit qu'on ne se souvient plus du tout de l'objet de sa dispute...
Les deux moments de la création dramatique. La création par l'émotion, qui donne la matière. Puis la création par l'art, qui juge, choisit, combine, construit.
Je suis convaincu que les oeuvres qui durent ne durent que par des malentendus, par toute la littérature dont la postérité les entoure, littérature où les intentions véritables des auteurs finissent par être noyées du tout et perdues de vue.
L'auteur dramatique qui prend comme une offense personnelle qu'on lui dise que tel de ses interprêtes joue mal, comme la dame qui se vexe si on la prévient charitablement qu'elle vient de faire une tache sur son corsage.
A mesure que les acteurs deviennent mauvais, le public vient. Un mauvais acteur attire le public comme la viande avariée attire les mouches.
La voix du sang n'est puissante que chez la mère. Pour l'homme, ses seuls vrais fils sont spirituels. Il faut qu'il estime.
Parce qu'un âne a fait un faux pas, devrait-on lui couper la jambe ?
Il y a deux gloires : la gloire divine, qui est que Dieu soit content de vous, et la gloire humaine, qui est d'être content de soi.
La plupart des affections ne sont que des habitudes ou des devoirs qu'on n'a pas le courage de briser.
Nous aimons les animaux, parce qu'ils ne mentent pas. C'est pour cela que l'homme les a mis en esclavage : ils lui rappelaient la vérité.
Le mariage sans divorce, le mariage chrétien, est, pour l'homme une monstruosité. La contre-nature même. Le génie de l'homme est de se lasser par l'habitude : on veut qu'il reste fidèle à une femme qui, à chaque mois, perd un peu plus d'attrait.
L'amour est gâché non seulement par le mariage, mais par la seule possibilité du mariage. Le spectre du mariage, agitant ses chaînes - les chaînes du mariage, il va sans dire ! - empoisonne tout amour avec une jeune fille.
La vraie intelligence doit élargir la vie, non la resserrer, féconder la vie, non la stériliser.
Les gens se donnent beaucoup de mal pour tuer leur vie heure à heure. Encore n'en sont-ils pas capables tout seuls, il faut qu'on les dirige.
Si on veut faire les choses profondément, on ne peut pas à la fois - créer, se cultiver, chasser l'aventure, chasser la gloire, et aimer : il y a toujours une de ces activités qui est trahie.
Il est bien connu que les plus belles lettres d'amour sont celles qui n'ont pas été écrites sincèrement. Rien n'est moins éloquent que l'amour véritable.
D'ordinaire, une femme commence par aimer l'amour, l'univers, la nature, Dieu, des bêtises, quoi ; ensuite elle s'aperçoit que c'est d'un seul être qu'elle a besoin.
Un foyer ne doit pas être un lieu où l'on séjourne, mais un lieu où l'on revient.
Œuvres de Henry de Montherlant
Carnets (1957)Carnets (1957), années 1930 à 1944Carnets (1957), du 19 septembre 1930 au 26 avril 1932Carnets 1930-1944 (1957)Carnets XIX à XXI, du 19 Septembre 1930 au 26 avril 1932Chant funèbre pour les morts de VerdunDans Le Suicide de Pierre Moron.Demain il fera jour (1949)Don Juan, IV, 1Essais (1963)Fils de personne (1943)L'Equinoxe de septembre (1938)La Guerre civile (1965)La Jeunesse d'Alban de Bricoule, Le Songe (1922)La Jeunesse d'Alban de Bricoule, Les Bestiaires (1926)La Mort qui fait le trottoir (1956), II, 4, Don JuanLa Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956)La Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956), ILa Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956), IILa Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956), III