Or, cette nuit étincelait. Une immense pluie sidérale criblait d'astres brillants le ciel profond de février.
L'étoilement du ciel se faisait peu à peu, étoile par étoile, et leurs feux, lointains, semblaient calmes.
C'était ce qu'on appelle un joli garçon de village, faraud, mais bien planté, grand, mince et, naturellement, un peu fat.
Malgré le froid, je ne pouvais plus m'en aller. Je restais là, fasciné par ce feu comme une bête. Car je suis aussi une bête sauvage. Sinon subirais-je cette fascination?
Tout devenait flou, incertain, mais il en émanait comme un brouillard animé d'une faible vie, dont il semblait qu'on pût attendre quelque apparition.
Au fond, sous un hangar, il y avait l'enclume, la forge, le grand soufflet noir.
D'un écartèlement de la terre surgit un arbre de feu, un tronc et des branches éblouissantes. Dans un rapide fracas de tonnerre il creva la terre, le ciel, et tout s'embrasa. La foudre flamboyait de tous côtés.
Mon foyer ... ne brûlait pas tout bonnement, comme les autres, pour satisfaire par quelque cuisine aux besoins de mon corps. Il était aussi le feu saint, sur lequel ... mijote le repas du voyageur.
Sur le pas de la porte, deux chaises vides, celles du boulanger et de sa femme: ils allaient sans doute venir prendre le frais.
Cette année-là, elle avait enrichi sa vitrine d'un globe terrestre de verre, éclairé intérieurement et qui tournait avec lenteur de façon à montrer les couleurs différentes des cinq parties du monde.
Je regardais, par contenance, le marbre de la table. Un vieux marbre roux, onctueux, où les sirops et les liqueurs avaient lentement pénétré, et que veinaient de grandes branches minérales.
Il était vraissemblablement un peu plus de midi. Tout indiquait la proximité de cette heure parfaite: la hauteur du jour, le silence, et ce je ne sais quoi de précis et de simple qui partage le monde en deux parts radieuses.
Je parie que tu as encore un trou à ta culotte. C'est toujours à recommencer! je raccommode et monsieur troue! Il troue en haut, il troue en bas, il troue au genou, il troue sur la cuisse, il troue au derrière!
Il y avait sous mes fenêtres un grand voilier de Norvège aux mâts blancs, à la coque de chêne peinte en bleu, qui débarquait paisiblement des bois du Nord.
Je vais raconter de bonne foi la jeunesse d'une fille de la campagne qui a peut-être traversé le paradis, sans le savoir, car elle en a gardé sur elle une odeur de jardin, de fleurs, de fruits, que ne porte aucune autre fille de la terre.
L'été s'enfonce dans Septembre avec ses grandes poussières, ses buées du matin et, le soir, ses parfums immenses d'herbes sèches, de pins, de rocailles brûlantes et de bois calciné.
On n'atteint à la paix du coeur, si elle est de ce monde, que par le travail inlassable, la déception fréquente, et le sentiment d'une juste humilité.
Au fond, voilà pourquoi j'ai voyagé à pied: par simple amour du vent et de la terre.
Mon adolescence d'abord, puis ma jeunesse ont pris à marcher des plaisirs dont je n'ai qu'à chercher, dans ma mémoire, l'image fraîche encore, pour me sentir de nouveau jeune et prêt à partir.
La terre est le corps du voyage, le vent en est l'âme... J'aime la terre et l'air d'un amour égal, et, en moi, leurs puissances s'accordent.
La race tient à son pays comme le bras tient à l'épaule. L'en séparer, c'est arracher la chair et l'os.
On ne s'étonne pas assez de vivre. Il m'a répondu : - Vous avez raison, et le plus étrange, c'est qu'on s'étonne ensuite de mourir.
Alors des profondeurs du sol, où l'argile se cuit à feu couvert, jusqu'aux hauteurs du ciel où montent, aspirées, les molécules flamboyantes des poussières, s'élève l'édifice immense de l'été.
Pas un regard, pas un soupir, mais le pur mouvement au service de la matière.
Œuvres de Henri Bosco