Le bonheur, c'est ce qui fonctionne.
Je suis jeune et riche et cultivé; et je suis malheureux, névrosé et seul.
On avait coutume chez nous de le remettre à «demain», cette date favorite de tous les faibles qui se consolent à l'idée que «demain» veut généralement dire «jamais».
D'abord, il m'avait fallu être un enfant qui n'avait le droit de ne rien savoir sur la sexualité, et aussitôt qu'on eut lieu de croire que j'en savais quelque chose, je fus censé être tout à fait au-dessus de ces choses-là.
Il y en a qui croient à une origine nettement psychosomatique du cancer. Chez moi il s'agit clairement de ce cas, et je dois dire que je suis au fond heureux que la maladie ait enfin éclaté.
L'intelligence était intacte et n'avait subi aucun dommage mais le sentiment était atrophié et malade. Je ne pouvais avoir de sentiments, surtout pas de sentiments pour d'autres gens ; je ne pouvais aimer personne.
Je n'ai pas encore vaincu ce que je combats ; mais je ne suis pas encore vaincu non plus et, ce qui est le plus important, je n'ai pas encore capitulé. Je me déclare en état de guerre totale.
Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descends d'une des meilleures familles de la rive droite du lac de Zurich, qu'on appelle aussi la Rive Dorée. J'ai eu une éducation bourgeoise et j'ai été sage toute ma vie. Ma famille est passablement dégénérée, c'est pourquoi j'ai sans doute une lourde hérédité et je suis abîmé par mon milieu. Naturellement j'ai aussi le cancer, ce qui va de soi si l'on en juge d'après ce que je viens de dire.
Quand il ne peut pas vivre son rêve, il rêve de sa vie.
A la sérénité du Bouddha l'agitation du monde paraît ridicule, car lui-même n'a plus rien à voir avec cela. Au cynique les sentiments du prochain paraissent ridicules parce que lui-même n'a plus de sentiments. A celui qui ne joue pas au football il paraît ridicule de courir pendant des heures après un petit ballon de cuir ; il ne se demande pas si ce jeu ne serait pas follement amusant, il ne voit que le côté ridicule de ces hommes adultes qui jouent comme de petits garçons. Sans doute celui qui fait quelque chose se rend-il toujours ridicule aux yeux de celui qui ne fait rien.
Celui qui agit peut toujours prêter le flanc ; celui qui n'agit pas ne prend même pas ce risque. On pourrait dire que ce qui est vivant est toujours ridicule car seul ce qui est mort ne l'est pas du tout.
A celui qui ne joue pas au football il paraît ridicule de courir pendant des heures après un petit ballon de cuir ; il ne se demande pas si ce jeu ne serait pas follement amusant, il ne voit que le côté ridicule de ces hommes adultes qui jouent comme de petits garçons.
Beaucoup de mes camarades étaient déprimés parce qu'ils avaient raté un examen, mais moi, j'étais déprimé quoique j'eusse brillamment passé le même examen. Je ne voulais voir que ce que nous avions de commun, que chacun de nous était déprimé, je ne voulais pas voir la différence, à savoir que le chagrin de l'un avait un sens, et que le chagrin de l'autre en était dépourvu
Comme il est dit dans la fable du renard et des raisins : celui à qui il est trop difficile d'atteindre quelque chose dit volontiers qu'au fond il n'en a aucune envie.
De même qu'autrefois - et aujourd'hui encore, à l'opéra - on mourait d'amour, de même, aujourd'hui encore, on peut manifestement mourir du contraire, c'est-à-dire du manque d'amour.
Les mots perdent tout leur poids et tout leur sens ; la langue se décompose en une masse amorphe de particules privées de significations ; plus rien n'est solide, et tout devient irréel.
Si l'on jette un coup d'œil sur ce qui a été écrit jusqu'ici, l'impression pourrait facilement se dégager que ce qui compte, pour moi, c'est uniquement de dénombrer avec malveillance les faiblesses de mes pauvres parents afin de les faire passer ensuite pour les méchants qui m'auraient détraqué et auxquels il faudrait donc attribuer tout mon malheur. Mais j'ai tendance à croire qu'il y a davantage, dans ce récit, que la simple intention de rendre mes parents responsables de ce que j'aurais dû mieux savoir et mieux faire. Aujourd'hui, mes parents sont beaucoup moins, à mes yeux, les « coupables » que les co-victimes de la même situation faussée. Ils n'étaient pas les inventeurs de cette mauvaise façon de vivre ; ils étaient bien davantage –tout comme moi- dupes de cette vie mauvaise, acceptée sans esprit critique.
Ce n'est pas très joli, toute sa vie durant, de ne faire que vomir son passé non digéré ; mais ne pas pouvoir vomir ce passé est encore pire. La sensation misérable qui précède le vomissement est toujours plus désagréable que le vomissement lui-même.
Même si l'on part de l'hypothèse que Dieu n'existe pas, on devrait positivement l'inventer rien que pour lui casser la gueule.
Au début du siècle, lorsque Freud rendit publique la théorie selon laquelle la vie entière n'est faite que de sexualité, tout le monde fut horrifié d'entendre énoncer ce fait, bien que tout le monde connût ce fait depuis longtemps déjà.
Il ne suffit pas d'exister ; il faut aussi attirer l'attention sur le fait qu'on existe. Il ne suffit pas simplement d'être, on doit également agir. Mais qui agit dérange - et cela au sens le plus noble du terme.
Je crois que je suis divisé en trois parties. Premièrement je suis fait de mon individualité ; deuxièmement je suis le produit de mes parents, de mon éducation, de ma famille et de ma société ; troisièmement je suis un représentant du principe de vie en général, c'est-à-dire de cette force, justement, qui fait que les électrons tournent autour du noyau de l'atome, que les fourmis fourmillent et que le soleil se lève. Une partie de moi est aussi électron et fourmi et soleil et cela, l'éducation la plus bourgeoise ne peut l'abîmer en rien
Je suis prêt, aussi, à pardonner à mes parents, au fond je l'ai déjà fait au cours de mes réflexions, mais le fait que quelqu'un a été gracié ne signifie tout de même pas qu'il était innocent. Au contraire : seul celui qui est coupable peut être gracié.
Je définirais le ridicule comme la distance enter le parfait et l'imparfait ou, formulé cyniquement, entre le négatif et le positif : le rien est toujours parfait, le quelque chose a toujours des défauts.
Seul celui qui est coupable peut être gracié.
Œuvres de Fritz Zorn