Auteur

Ernest Renan

La jeunesse est capable de toutes les abnégations.
La recherche de la popularité est la marque du souverain ou de l'homme d'Etat de second ordre.
Je m'habituai dès lors à suivre une règle singulière, c'est de prendre pour mes jugements pratiques le contre-pied exact de mes jugements théoriques, de ne regarder comme possible que ce qui contredisait mes aspirations.
Tout pesé, si j'avais à recommencer ma vie, avec le droit d'y faire des ratures, je n'y changerais rien.
L'homme, dès qu'il se distingua de l'animal, fut religieux, c'est-à-dire qu'il vit dans la nature quelque chose au delà de la réalité, et pour lui-même quelque chose au delà de la mort.
Si les rémunérations et les châtiments futurs ont quelque réalité, il est clair que ces rémunérations et ces châtiments doivent être proportionnés à une vie entière de vertu ou de vice.
Si le christianisme est chose révélée, l'occupation capitale du chrétien n'est-elle pas l'étude de cette révélation même, c'est-à-dire la théologie?
Savoir est le premier mot du symbole de la religion naturelle: car savoir est la première condition du commerce de l'homme avec les choses, de cette pénétration de l'univers qui est la vie intellectuelle de l'individu: savoir, c'est s'initier à Dieu.
L'extension des services publics, en plaçant entre les mains de l'Etat des intérêts chers à tous, a mis la société entière dans la dépendance du gouvernement.
L'histoire est pleine de synchronismes étranges qui font que, sans avoir communiqué entre elles, des fractions de l'espèce humaine très éloignées les unes des autres arrivent en même temps à des idées et à des imaginations presque identiques.
En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.
Je le voyais tous les jours, couvert d'un manteau râpé, aller acheter chez une petite marchande pour deux sous de lait dans un vase de fer-blanc.
La vraie religion n'est que la splendeur de la culture intellectuelle, et elle ne sera accessible à tous que quand l'éducation sera accessible à tous.
Les habitudes de la vie pratique affaiblissent l'instinct de curiosité pure; mais c'est une consolation pour l'amant.
Que cet audacieux dédain de toute raison, ce brillant éloge de la folie, cette fougue de paradoxe préparent de revers à la parfaite sagesse, qui fuit toute extrémité.
O noblesse! ô beauté simple et vraie! déesse dont le culte signifie raison et sagesse, toi dont le temple est une leçon éternelle de conscience et de sincérité, j'arrive tard au seuil de tes mystères.
La science seule est pure; car la science n'a rien de pratique; elle ne touche pas les hommes; la propagande ne la regarde pas. Son devoir est de prouver, non de persuader ni de convertir.
La mort perfectionne l'homme le plus parfait; elle le rend sans défaut pour ceux qui l'ont aimé.
Des prêtres d'un culte étranger, venu des Syriens de Palestine, prirent soin de m'élever. Ces prêtres étaient sages et saints.
Un immense fleuve d'oubli nous entraîne dans un gouffre sans nom.
Je fus entraîné vers les sciences historiques, petites sciences conjecturales, qui se défont sans cesse après s'être faites, et qu'on négligera dans cent ans.
Quand on se place au point de vue du système solaire nos révolutions ont à peine l'amplitude de mouvements d'atomes. Du point de vue de Sirius, c'est moins encore. Du point de vue de l'infini, c'est rien.
Les nations modernes ressemblent aux héros écrasés par leur armure du tombeau de Maximilien à Inspruck, corps rachitique sous des mailles de fer.
L'homme fait la sainteté de ce qu'il croit comme la beauté de ce qu'il aime.
Les textes ont besoin de l'interprétation du goût: il faut les solliciter doucement jusqu'à ce qu'ils arrivent à se rapprocher et à former un ensemble où toutes les données soient heureusement fondues.

Œuvres de Ernest Renan

Caliban (1878), OrlandoConférence prononcée à la Sorbonne en 1883.De la part des peuples sémitiques dans l'histoire de la civilisation (1862)Dialogues et fragments philosophiques (1876)Dialogues et fragments philosophiques (1876), I, CertitudesDialogues et fragments philosophiques (1876), IIDialogues et fragments philosophiques (1876), II, ProbabilitésDialogues et fragments philosophiques (1876), III, RêvesDialogues et fragments philosophiques (1876), PréfaceDiscours et conférences (1887)Discours et conférences (1887), Qu'est-ce qu'une nation?Discours prononcé le 3 août 1879.Essais de morale et de critique (1859)Etudes d'histoire religieuse (1857), La tentation du ChristFeuilles détachées (1892), Examen de conscience philosophiqueFeuilles détachées (1892), Lettre à M. Berthelot, 31 décembre 1886Histoire des origines du christianisme, Saint Paul (1869)Histoire des origines du christianisme, Vie de Jésus (1863)Histoire des origines du christianisme, Vie de Jésus (1863), PréfaceInstruction supérieure en France