Œuvre

Souvenirs d'enfance et de jeunesse (1883), VI, 1er pas hors St-Sulpice

La conviction de l'existence d'un objet éternel, embrassée quand on est jeune, donne à la vie une assiette particulière de solidité.
Deux mondes inconnus étaient devant moi, la théologie, l'exposé raisonné du dogme chrétien, et la Bible, censée le dépôt et la source de ce dogme.
Nos discussions étaient sans fin, nos conversations toujours renaissantes. Nous passions une partie des nuits à chercher, à travailler ensemble.
En somme, j'ai été aimé des quatre femmes dont il m'importait le plus d'être aimé, ma mère, ma soeur, ma femme et ma fille.
Je renie les blasphèmes que les défaillances de la dernière heure pourraient me faire prononcer contre l'Eternel.
L'arbre naturel n'a pas de beaux fruits. L'arbre produit de beaux fruits dès qu'il est en espalier, c'est-à-dire dès qu'il n'est plus un arbre.
Tout pesé, si j'avais à recommencer ma vie, avec le droit d'y faire des ratures, je n'y changerais rien.