L'avantage d'être un peu poète, c'est de s'approprier les lieux sans devoir passer chez le notaire.
Pour préserver la cohésion et maintenir l'harmonie, il a fait souvent semblant de ne pas voir, de ne pas savoir, de ne pas entendre.
Être de droite, c'est prendre en compte le passé simple, composé, décomposé, recomposé d'un sol fertilisé par les paysans, christianisé par des saints et longtemps, très longtemps, assemblé et gouverné par des rois. Et c'est aimer ce passé comme un enfant aime sa mère, même si elle l'a taloché plus souvent qu'à son tour.
À l'angélisme de la gauche, la droite oppose une lucidité pessimiste. L'homme doit être protégé contre lui-même et la seule loi échouera à brider ses instincts de mort, si manque le socle d'une morale transcendante. La nôtre repose sur le prédicat judéo-chrétien d'une faute initiale avec la perspective d'une rédemption, au prix d'un combat contre le satanisme sous-jacent à notre volonté de vivre.
Les têtes pensantes de l'islamisme radical misent leur rêve dément d'un califat universel sur le dépérissement de nos fondements moraux. Ils misent sur une confusion funeste : la défense de notre liberté et ses scories « libertaires » entretenues dans un climat de dérision permanent par le système consumériste. Ils misent sur le toboggan nihiliste où nous sommes lâchés.
L'Europe, c'est l'espace du catholicisme et du protestantisme sécularisé. En niant cet héritage, on vide le mot de tout contenu car les droits de l'Homme, la démocratie, la laïcité ne sont plus l'apanage de notre continent. La droite considère que le triptyque inscrit aux frontons de nos édifices publics — liberté, égalité, fraternité — a sécularisé le message évangélique, et que dans le polythéisme barbare vendu à flux tendu par la société de consommation, ces trois mots, hélas, ne valent pas plus cher à Paris qu'à Londres ou à Washington.
La foi chrétienne n'est pas nécessaire pour enluminer le patriotisme de l'émotion sacrée qui nous saisit devant la tombe de Péguy dans les blés et les coquelicots de la Brie ; il suffit de sentir charnellement que la France fut une chrétienté d'antique ruralité avant d'être un État, une nation, une monarchie, une république. De sentir cela et d'en tirer fierté et réconfort.
L'homme de droite n'est pas moins révolté que l'homme de gauche face à l'injustice et à la cruauté. Il convertira éventuellement sa révolte en action, mais sans l'enrégimenter dans un projet révolutionnaire. Il peut haïr la société ; il peut cultiver le pessimisme le plus noir ; il aime la vie au naturel, et le bonheur auquel il aspire, c'est hic et nunc […]
La droite voudrait préserver les restes de notre triple héritage, quitte à les adapter car, disait Churchill, il faut savoir couper les arbres pour que la forêt soit plus belle. C'est une jolie définition du conservatisme : préserver l'essence sans refuser les coups de vague de l'existence. Dans sa gratitude, la droite voudrait faire la synthèse de la sagesse paysanne, de l'altitude aristocratique et du dynamisme bourgeois. Telle est son utopie : un syncrétisme de la mémoire qui laisserait le moins de prise possible au néant de l'oubli.
L'air de rien, la « modernité », si l'on y réfléchit, est le mot-clé de l'idéologie de la gauche. Elle accule l'humain à ne se percevoir dans le temps présent qu'en référence à un avenir indéterminé, en effaçant le passé, simple et composé, sans lequel l'individu titube comme un ivrogne sur le fil de l'instant. La « modernité » est l'alibi générique du nihilisme contemporain. Elle a supplanté ces couples historiques — le Bien et le Mal, le Juste et l'Injuste, le Beau et le Laid — par ce binôme imbécile : le branché et le ringard.
Nos élus ne cessent de pondre des lois burlesques et une pléthore de fonctionnaires sont commis à la mise en application de règlements abscons, incohérents, souvent courtelinesques.
Tout écrivain est porté à cultiver ses nostalgies, la recherche du temps perdu étant son obsession, presque sa raison d'être.
J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au cœur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur.
Presque tous ceux que j'admire sont morts, J'ai dû venir au monde trop tard.
Dans l'imaginaire des Français, la Provence est l'allégorie d'un Paradis à la fois luxuriant et un peu enfantin.
L'histoire de France est une page blanche en forme d’hexagone sur laquelle chacun de nous dessine les figures d'une fantasmagorie : la sienne.
Toute cause semble attrayante à un cœur juvénile, aucune n'est claire si l'on prend le moindre recul.
Nos pauvres gouvernants misent à côté de la plaque en nous serinant qu’il faut penser à l’avenir plutôt qu’au passé. L’avenir, on s’en fout. D’ailleurs l’avenir ça n’existe pas. Tandis que, pour un Français, le passé sera toujours le temple d’un culte, public ou privé, et une maison de famille où les portraits d’ancêtres sortent de leur cadre et vaquent comme s’ils avaient toujours vingt ans.
A l'heure des bilans tu regretteras moins tes égarements que tes renoncements dictés par la prudence ou par la peur.
Le contentement de soi est la pire des infirmités.
Nationalisme, maladie sénile du patriotisme. Cosmopolitisme, maladie infantile de l'universalisme.
Aucun droit n'est acquis pour toujours.
Sois simple comme bonjour. Ce qui te personnalise ne doit apparaître qu’à ton insu.
Avant de prendre la parole, apprends à maîtriser ta langue, à ordonner ta pensée et à hiérarchiser tes coups de coeur.
Une vérité avalisée par mille personnes est déjà un lieu commun ; par dix mille, c'est presque immanquablement une sottise.
Œuvres de Denis Tillinac