La nature est un livre qui est ouvert en permanence, et c'est le vent qui en tourne les pages.
Auteur
Christian Bobin
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L'enfance est traversée par un cortège de grands éteigneurs qui portent leurs idées, leur opinions, leurs certitudes, leurs croyances reçues comme des cierges, solennellement.
La vraie littérature m'apparaît comme un village dans la nuit. Un village qu'on apercevrait d'un chemin de campagne surélevé. Il y a des feux qu'on voit briller, certaines maisons sont éclairées.
Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence.
Les livres, pour les effacer, il suffit de ne jamais les ouvrir. Les gens, c'est pareil: pour les effacer, il suffit de ne jamais leur parler.
Dès qu'une femme rêve d'un enfant, Dieu crée un monde miniature à l'intérieur de son ventre: forêts, océans, étoiles, et un bébé au centre, en plein milieu, car à tout spectacle, il faut un spectateur.
Il y a parfois entre deux personnes un lien si profond qu'il continue de vivre même quand l'un des deux ne sait plus le voir.
Décembre. Il fait froid et sec. J'entends les morts qui se rapprochent de nous, j'entends les os des feuilles mortes craquer sous leurs pieds de lumière. L'hiver fait le travail des grands maîtres: il simplifie.
Ce qui m'échappe dans ta mort m'échappait déjà de ton vivant. La mort ne change pas une vie en destin.
Le génie est composé d'amour, d'enfance et encore d'amour.
Avec le mariage, quelque chose finit pour les hommes. Pour les femmes, c'est l'inverse: quelque chose commence.
Je t'ai toujours su inaccessible même dans la plus claire proximité. Je t'ai aimée dans ce savoir.
Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions.
Le mal s'insinue dans l'air du temps comme de l'eau sous une porte. D'abord presque rien. Un peu d'humidité. Quand l'inondation survient, il est trop tard.
On ne sait jamais ce que deviennent les paroles que l'on profère, les phrases que l'on écrit.
Les imbéciles manquent d'amour pour voir et pour entendre, c'est à ce manque qu'on les reconnaît.
La maladie est une réponse, une pauvre réponse que l'on invente à une souffrance.
On peut se laisser dépérir dans le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie.
Il y a quelque chose de calmant dans la philosophie, une manière de parler du vivant comme si on était mort.
Il ne faut jamais faire de littérature, il faut écrire et ce n'est pas pareil.
Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le coeur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui.
Le sang qui ne coule plus dans les veines des morts, ce sont les vivants alentour qui le perdent.
Il y a quelque chose de puéril dans la mélancolie, on veut punir la vie parce qu'on estime qu'elle nous a punis, on est comme ces enfants qui boudent et bientôt ne savent plus sortir de leur bouderie.
Le malheur, comme la richesse, s'entasse sur plusieurs générations.
Contempler suppose d'être en retrait.
Œuvres de Christian Bobin
Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)