Auteur

Christian Bobin

Les médecins ne supportent pas d'être pris en défaut. Ils jettent des noms sur tout, sur ce qu'ils savent et sur ce qu'ils ne savent pas. Les noms rassurent les médecins autant que les malades.
Un des crimes de notre société, c'est d'avoir dénaturé le sourire jusqu'à en faire un argument de commerce. Le sourire est une chose sacrée, comme tout ce qui répond par une réponse plus grande que la question.
Il y a plus de texte écrit sur un visage que sur un volume de la Pléiade, et quand je regarde un visage, j'essaie de tout lire.
Les jambes de vingt ans sont faites pour aller au bout du monde.
Dans le monde de l'esprit, c'est en faisant faillite qu'on fait fortune.
Dans la mort le chemin devient d'un seul coup si étroit que, pour passer, on doit se laisser tout entier.
La parole doit venir à certains moments, mais ce qui instruit et ce qui donne c'est la présence. C'est elle qui est silencieusement agissante.
La parole et la mort sont comme deux personnes qui voudraient entrer dans une pièce en même temps et se gênent, demeurent bloquées sur le seuil…
Une vie sans lecture est une vie que l'on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu'elle retient.
Pour lire un roman, il faut deux ou trois heures. Pour lire un poème, il faut une vie entière.
Ecrire comme on taille une branche pour en extraire la flèche qu'elle promettait.
Il y a toujours dans un livre même mauvais, une phrase qui bondit au visage du lecteur comme si elle n'attendait que lui.
Lire, c'est la seule intelligence, lire c'est contempler le sang que l'on perd, à chaque instant et combien il est sombre. C'est aller en aveugle dans le réel, échanger sa vie contre le tout de la vie.
L'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d'émerveillement et de sidération qui seul permet à l'âme de voir.
La télévision, contrairement à ce qu'elle dit d'elle-même, ne donne aucune nouvelle du monde. La télévision c'est le monde qui s'effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire, compréhensible.
Personne ne peut tenir la vérité près de soi, fût-ce dans le cachot d'une formule. La vérité, on ne peut l'avoir, seulement la vivre.
La télévision c'est le monde qui s'effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire, compréhensible.
La télévision c'est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre.
L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi, vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.
Ce n'est pas l'encre qui fait l'écriture, c'est la voix, la vérité solitaire de la voix, l'hémorragie de vérité au ventre de la voix.
L'autisme est un soleil inversé: ses rayons sont dirigés vers l'intérieur.
Tous les bébés naissent en temps de guerre et dans des villes en ruine. Sitôt qu'on naît, on reçoit les éboulis de la vie.
Ecrire et voir, c'est pareil, et pour voir, il faut de la lumière. Le paradoxe, c'est qu'on peut trouver de la lumière dans le noir de l'encre.
Le paradis, c'est peut-être être sans défense sans se sentir menacé.
Je rêve de nommer la rose avec la langue qui est la sienne, et pas seulement avec les mots courants.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)