Auteur

Christian Bobin

J'ai trouvé Dieu dans les flaques d'eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l'ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d'en parler.
Rien ne préserve mieux la fraîcheur de la vie que le calme d'un coeur brûlant.
... personne ne flaire la sainteté aussi vite que le diable.
On ne peut bien voir qu'à condition de ne pas chercher son intérêt dans ce qu'on voit.
Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s'effondrent, privées d'appui, et il ne nous reste plus qu'à demander aux arbres qui tremblent sous le vent de nous apprendre cette compassion que le monde ignore.
La vérité est sur la terre comme un miroir brisé dont chaque éclat reflète la totalité du ciel.
... un intellectuel, c'est-à-dire quelqu'un que sa propre intelligence empêche de penser.
Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.
Par instants je pense que nous ne mourrons jamais. A d'autres instants je pense que nous sommes plus perdus que des jouets dont un enfant ne se sert plus. La vérité, qui peut la dire?
Ecrire et voir, c'est pareil, et pour voir il faut la lumière. Le paradoxe, c'est qu'on peut trouver la lumière dans le noir de l'encre. C'est comme de la nuit sur la page, et c'est pourtant là-dedans qu'on voit clair.
Ce qui est douloureux, c'est qu'il est impossible d'expliquer quelque chose à quelqu'un qui ne l'a pas déjà compris. On peut seulement parler à quelqu'un qui en a le pressentiment et qui souffre de ne pas avoir de lumières là-dessus.
C'est attristant d'ignorer le nom de ce qu'on aime. C'est un rien de mélancolie pure.
Marcher dans la nature, c'est comme se trouver dans une immense bibliothèque où chaque livre ne contiendrait que des phrases essentielles.
Le courage n'est pas de peindre cette vie comme une enfer puisqu'elle en est si souvent une: c'est de la voir telle et de maintenir malgré tout l'espoir du paradis.
Un vrai livre, c'est toujours quelqu'un qui entre dans notre solitude.
Aimer quelqu'un, c'est le lire. C'est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l'autre, et en lisant le délivrer.
Quand la vérité éclaire partout, c'est l'amour.
... ce mélange de vouloir instruire et mépriser à la fois qui est si fréquent chez les intellectuels: on parle à quelqu'un qui est à un mètre de soi et on est envoyé à des années-lumières.
Vouloir expliquer le monde, c'est comme vouloir faire entrer des roses dans un vase à coups de marteau. ... Ce que j'attends d'une conversation, c'est de l'air.
Il y a un critère de la vérité, c'est qu'elle vous change: ça bouleverse comme un amour, la vérité.
Voir un vrai visage, c'est voir quelqu'un qui a vu quelque chose de plus grand que lui.
Penser, c'est regarder au fond d'un puits et y laisser filer un seau relié à une chaîne, et avoir le plaisir de le ramener plein à ras bord d'une eau noire où se reflètent toutes les étoiles.
... ce qui me paraît être le plus proche d'un livre, jusque dans sa forme même, c'est une tombe. Sous la couverture du livre comme sous la pierre tombale, il y a une âme qui attend une résurrection.
L'humour, à l'inverse (de l'ironie), est une manifestation de la générosité: sourire de ce qu'on aime c'est l'aimer deux fois plus.
La joie est en nous beaucoup plus profonde que la pensée, elle va beaucoup plus vite, beaucoup plus loin.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)