Auteur

Christian Bobin

Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.
Je n'avais jamais vu un aussi bel homme. Il était seul et la solitude fait beaucoup pour la beauté.
Tout le monde est occupé. Tout le monde, partout, tout le temps, est occupé, et par une seule chose à la fois.
Je trouve mes lectures dans la lumière du ciel. - C'est le livre le plus profond qui soit - et ce n'est pas moi qui en tourne les pages.
L'amour est une guerre et un repos, une science et un artisanat. L'amour est tout, et même rien avec le tout. Innocence et ruse, innocence avec ruse. Apparaître et disparaître.
Les mots sont comme les gens. Leur manière de venir à nous en dit long sur leurs intentions.
Un jaloux ne peut trouver la paix que dans la mort de ce qu'il aime: là, enfin, il est sûr de ce qu'il possède.
Ce ne sont pas les histoires qui importent, mais le ton sur lequel elles sont racontées.
Faire trop longtemps la même chose, au même endroit, à la même heure, cela rend vieux.
Rien n'est plus contagieux que la liberté.
Dieu, mon petit bonhomme, c'est aussi simple que le soleil. Le soleil ne nous demande pas de l'adorer. Il nous demande seulement de ne pas lui faire obstacle et de le laisser passer, laisser faire.
... soigner c'est aussi dévisager, parler - reconnaître par le regard et la parole la souveraineté intacte de ceux qui ont tout perdu.
Ce qui est blessé en nous demande asile aux plus petites choses de la terre et le trouve.
Deux biens sont pour nous aussi précieux que l'eau ou la lumière pour les arbres: la solitude et les échanges.
Il y a une naissance simultanée de nos yeux et du monde, un sentiment de «première fois» où ce qui regarde et ce qui est regardé se donnent le jour.
J'aime appuyer ma main sur le tronc d'un arbre devant lequel je passe, non pour m'assurer de l'existence de l'arbre - dont je ne doute pas - mais de la mienne.
Il est impossible de protéger du malheur ceux qu'on aime: j'aurai mis longtemps pour apprendre une chose aussi simple. Apprendre est toujours amer, toujours à nos dépens. Je ne regrette pas cette amertume.
La maladie d'Alzheimer enlève ce que l'éducation a mis dans la personne et fait remonter le coeur en surface.
La vérité est ce qui brûle. La vérité est moins dans la parole que dans les yeux, les mains et le silence. La vérité, ce sont des yeux et des mains qui brûlent en silence.
Ceux qui ont très peu de jours et ceux qui sont très vieux sont dans un autre monde que le nôtre. En se liant à nous ils nous font un présent inestimable.
Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.
Le jour où nous consentons à un peu de bonté est un jour que la mort ne pourra plus arracher au calendrier.
L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse: la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.
Il n'y a pas de plus grand malheur sur cette terre que de n'y trouver personne à qui parler et nos bavardages, loin de remédier à ce silence, ne font la plupart du temps que l'alourdir.
Le coeur des morts est une boîte à musique. A peine commence-t-on à penser à eux qu'il en sort un air léger et déchirant.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)