... c'est bien trop peu d'être quelqu'un. Parce que c'est moins que rien. J'ai quarante-trois ans et je continue à vouloir être tout.
Auteur
Christian Bobin
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Ecrire, c'est se découvrir hémophile, saigner de l'encre à la première écorchure, perdre ce qu'on est au profit de ce qu'on voit.
... être infidèle à soi-même pour mieux rester fidèle à la vie dans notre vie.
Lire pour se cultiver, c'est l'horreur. Lire pour rassembler son âme dans la perspective d'un nouvel élan, c'est la merveille.
... pas un seul éclat de rire dans les Evangiles.
Les livres qui échappent à la maîtrise de leur auteur sont les plus beaux des livres.
On regarde, c'est difficile de regarder un nouveau-né, c'est comme un mort: on ne sait pas voir.
C'est une chose fragile que la lumière du jour. On y grandit. On y marche. On y attend quelque chose, on se sait trop quoi. Oui, mais voilà: où trouver la force d'attendre, quand le visage aimé est recouvert de terre?
Vers la mort, très chère, nous allons. Tous. En dansant ou en boitant, en riant ou en geignant, peu importe, puisque c'est là que nous allons.
C'est la voix qui donne l'âge vrai. C'est la flamme d'une parole qui renseigne le mieux sur l'âge des gens.
... c'est ce qu'elle est: indifférente, avec passion.
Ce qui est vraiment dit, ce n'est jamais avec des mots que c'est dit. Et on l'entend quand même. Très bien.
Faire l'amour en cachette, c'est comme voler des bonbons à l'épicerie. C'est délicieux.
Il y a deux manières de mentir. On peut inventer. On peut dire aussi la vérité en passant, d'une voix menue, comme une chose parmi tant d'autres sans importance. C'est la plus élégante façon de mentir.
La douleur comme l'amour sont de mauvais ouvriers. Ils ne savent jamais entrer dans l'âme jusqu'en son fond. Mais y a-t-il un fond.
C'est facile de mener plusieurs vies. Il suffit de n'en avoir aucune à soi.
(L'ennui) est une douleur, la plus minutieuse. Elle se glisse au fond de l'âme, elle se niche entre les dents. On mange sans goût, on vit sans voir. ... Expliquez-moi qui je suis. Donnez-moi de mes nouvelles.
Si vous voulez vous faire aimer des hommes, Albe, commencez donc par les quitter: vous verrez comme alors ils sont doux. De vrais agneaux, de grands enfants perdus.
Comment se quitter soi-même - ce qui serait la seule manière de tout quitter.
Il n'y a pas d'autre attente que de vivre.
Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève.
Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même - aussi naturellement que peut le faire la vue d'un cerisier en fleur ou d'un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c'est leur présence.
Les vivants sont un peu durs d'oreille. Ils sont souvent remplis de bruit. Il n'y a que les morts et ceux qui vont naître qui peuvent absolument tout entendre.
Il n'y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, et c'est pareil: il n'y a que des miracles dans ce monde.
Il est très difficile de soutenir le regard fixe d'un tout-petit - c'est comme si Dieu était en face de vous et vous dévisageait sans pudeur, en prenant tout son temps, un peu étonné de vous voir là.
Œuvres de Christian Bobin
Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)