Œuvre

Une petite robe de fête

La joie va toujours avec la frayeur, les livres vont toujours avec le deuil.
Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque.
Lire, sommeiller, marcher, ne penser à rien, laisser les lumières du ciel pâlir sur la tapisserie des murs.
Un grand livre commence longtemps avant le livre. Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps de naître.
Qu'est-ce que c'est, apprendre. Apprendre à jouer, apprendre à vivre. Qu'est-ce que c'est, sinon ça: toucher au plus élémentaire de soi. Au plus vif et rebelle.
C'est difficile d'aller de l'inutile, la lecture, à l'utile, le mensonge.
Devant les livres, la nature ou l'amour, vous êtes comme à vingt ans: au tout début du monde et de vous.
On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux: par espérance, par impatience. ... trouver le sommeil dans un seul corps, toucher au silence dans une seule phrase.
Il n'y a pas de connaissance en dehors de l'amour. Il n'y a dans l'amour que de l'inconnaissable.
Qui n'a pas connu l'absence ne sait rien de l'amour. Qui a connu l'absence a pris connaissance de son néant - de cette connaissance lointaine qui fait trembler les bêtes à l'approche de leur mort.
Avec la fin de l'amour, apparaissent les rois mages: la mélancolie, le silence et la joie.
Dans la mort le chemin devient d'un seul coup si étroit que, pour passer, on doit se laisser tout entier.