Ainsi, comme si l'on avait d'eux trop bonne ou trop mauvaise opinion, on néglige également d'être sincère et on croit qu'il y aurait de l'inhumanité de les tourmenter, ou sur des défauts qu'ils n'ont pas, ou sur des défauts qu'ils auront toujours.
Auteur
Charles de Secondat, baron de Montesquieu
Mais, par bonheur ou par malheur, les hommes ne sont ni si bons ni si mauvais qu'on les fait, et, s'il y en a fort peu de vertueux, il n'y en a aucun qui ne puisse le devenir.
Il n'y a personne qui, s'il était averti de ses défauts, pût soutenir une contradiction éternelle ; il deviendrait vertueux, quand ce ne serait que par lassitude.
On serait porté à faire le bien, non seulement par cette satisfaction intérieure de la conscience qui soutient les sages, mais même par la crainte des mépris qui les exerce.
Le vice serait réduit à cette triste et déplorable condition où gémit la vertu, et il faudrait avoir autant de force et de courage pour être méchant, qu'il en faut, dans ce siècle corrompu, pour être homme de bien.
Quand la sincérité ne nous guérirait que de l'orgueil, ce serait une grande vertu qui nous guérirait du plus grand de tous les vices.
En vérité, nos actions tiennent à tant de choses, qu'il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien faire.
L'amour de la démocratie est encore l'amour de la frugalité. Chacun devant y avoir le même bonheur et les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs, et former les mêmes espérances ; chose qu'on ne peut attendre que de la frugalité générale.
Dans un temps d'ignorance, on n'a aucun doute, même lorsqu'on fait les plus grands maux ; dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu'on fait les plus grands biens.
Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d'autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe même.
L'amour de l'égalité, et celui de la frugalité, sont extrêmement excités par l'égalité et la frugalité mêmes, quand on vit dans une société où les lois ont établi l'une et l'autre.
C'est dans le gouvernement républicain que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation.
La liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut.
Si on ne voulait qu'être heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont.
C'est une chose extraordinaire que toute la philosophie consiste dans ces trois mots : Je m'en fous.
La liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce qu'on doit vouloir.
La gravité est le bouclier des sots.
Il n'y a rien de si puissant qu'une république ou l'on observe les lois, non pas par crainte, non pas par raison, mais par passion.
Il ne faut point faire par les lois ce qu'on peut faire par les moeurs.
Il y a de mauvais exemples qui sont pires que les crimes ; et plus d'Etats ont péri parce qu'on a violé les moeurs que parce qu'on a violé les lois.
L'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais.
Le coeur n'est jamais le coeur que quand il se donne, parce que ses jouissances sont hors de lui.
Le pouvoir le plus immense est toujours borné par quelque coin.
Le commerce guérit les préjugés destructeurs ; et c'est presque une règle générale que partout où il y a des moeurs douces il y a du commerce ; et partout où il y a du commerce il y a des moeurs douces.
Les lois qui font regarder comme nécessaire ce qui est indifférent, ont cet inconvénient, qu'elles font considérer comme indifférent ce qui est nécessaire.
Œuvres de Charles de Secondat, baron de Montesquieu
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