Auteur

Bernard Giraudeau

Avec le temps l'espace entre vérités et mensonges se dissipe doucement.
La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent.
La violence est une absence d'amour.
L'amour, ça doit se lire tout de suite. Ce n'est pas une partie de cache-cache.
Un port regarde la mer, forcément. Il attend les étraves, vous accueille à coeurs ouverts, vous protège. C'est un refuge cosmopolite.
Il était prêt à faire et dire n'importe quoi pour tout effacer et recommencer sa vie de père et l'enfance de son garçon, mais il avait raté cette queue de singe au manège et elle ne repasserait plus.
Comment garder dans ma main ces noeuds de couleur qui se dénouent indéfiniment, ces caresses inventées par l'autre et que je ne sais reproduire, ces mots que je ne sais pas dire?
Est-ce qu'on se connaît trop ? Non, jamais. On tente de se reconnaître et on finit avec un inconnu.
Je crois beaucoup plus en ce qui nous échappe qu'en ce que nous croyons saisir.
Que sait-on de la grâce ? C'est un désir, une tentation, une courbe élégante de l'âme. C'est indéfinissable. Un artiste la cherche toute sa vie. Il ne sait pas ce que c'est mais il la devine, il la sent.
L'acteur se retrouve démuni,vidé,et il ne sait plus dire je t'aime.Je ne vous l'ai jamais dit d'ailleurs, seulement écrit.
La frénésie du changement serait aussi néfaste que la surdité et la cécité qui nous occultent ce que nous sommes.
Je crois que j'aime le théâtre. Je l'ai cru longtemps illusoire, mais il est acte poétique, acte de vie en pleine conscience.
Le bonheur du voyage, c'est de faire tout pour la première fois.
Le voyage est une aube qui n'en finit pas. Comme Jim Harrison, je trouve que c'est beau, l'aube, les aubes du monde, à Saint-Pétersbourg, au Kenya, au Mexique, par­tout, que ce soit avec l'éléphant qui boit, les usines qui fument, les Andes poudrées, Paris la brume derrière Belle­ville. C'est l'aube qui est belle parce qu'elle embellit.
Les paroles parfois masquent le sens, le silence qui suit nous le révèle. J'aime la vigilance silencieuse comme la cavalcade des mots.
Vivre ce n'est pas espérer demain, c'est être maintenant.
Il semble qu'un acteur est comme un peintre devant un mur nu. Il m'a fallu du temps pour saisir que l'espace vide est une proposition magnifique à l'imaginaire.
La tristesse, la colère, le mépris, la peur, la surprise, la joie, le dégoût sont toujours exprimés par le visage et cela partout dans le monde de la même façon. Cela fut démontré par une expérience chez des Papous n'ayant eu aucun contact avec la civilisation. Finalement ce langage reste le plus sincère moyen de communication, le plus réaliste alors que le mot peut tromper, isoler, interpréter.
La compréhension uniquement par le langage est très aléatoire. Le langage corporel des émotions est le langage essentiel.
Le spectateur est là pour vivre deux heures avec nous et partager un autre temps, une autre histoire. Notre premier souci est de faire en sorte que le voile de l'ennui ne descende jamais sur lui et qu'il n'ait à aucun moment les fesses qui le démangent
Un monde sans femmes n'aurait pas de marins, elles sont une raison de leur fuite, de leurs conquêtes, une raison pour ne penser qu'à elles.
Les rôles que nous jouons sont de papier. Nous chiffonnons l'un pour défroisser l'autre. Nous sommes des don Quichotte émerveillés, livrant bataille à l'ennui. Nous guerroyons sur toutes les scènes, archers fidèles, mots tirés aux coeurs des spectateurs, mots fléchés que l'on aime. Nos personnages sont immortels mais nous sommes plus fragiles que la soie de leur costume.
L'amour c'est regarder la lumière changer sur le visage de l'autre.
Le temps et l'éloignement sont un merveilleux ferment de l'amour, ce qui peut expliquer en partie que je sois toujours si loin, madame.

Œuvres de Bernard Giraudeau

Cher amour (2009)Les Dames de nage (2009)Les Hommes à Terre (2004)