Tu n'avais jamais constaté que ta poitrine était si petite et ton coeur si grand, grand comme ta tristesse.
Il y a tout juste quelques instants, tu avais le coeur gros. Tu étais prêt à parler à n'importe qui de n'importe quoi. Voilà enfin quelqu'un à qui tu peux livrer ton coeur, quelqu'un dont le regard est déjà un réconfort. Dis quelque chose !
L'exil ne s'écrit pas. Il se vit. Alors j'ai pris le calame, ce fin roseau taillé en pointe dont je me servais enfant, et je me suis mis à tracer des lettres calligraphiées, implorant les mots de ma langue maternelle. Pour les sublimer, les vénérer.
L'invisible est l'expression poétique de ce qui est absent, et certainement pas inexistant. Absent parce qu'il est ailleurs, là où je ne suis pas, ou je n'y suis plus.
Ou bien, il est à l'endroit où je ne sais explorer au tréfonds de moi-même.
En callimorphie, je ne sais achever un corps.
Je l'inachève.
Peu importe si ce verbe n'existe pas. Il faut l'inventer. C'est beau, et si réel.
Oui, c'est le désir qui crée l'absence, nullement l'inverse !
En callimorphie, les lettres révèlent le corps et le corps, comme le désir, dénude les lettres. ... La callimorphie, c'est la danse du corps sur la musique des lettres.
La callimorphie, c'est la danse du corps sur la musique des lettres.
Et moi, Je devais prouver mon existence contre tout, en marge de tout.
Ni monarchiste, ni communiste, ni féministe, ni mystique… Sans ordre aucun !
Je n'étais rien d'autre qu'un anarchiste. Mais sans le savoir. C'est aujourd'hui que je m'en rends compte.
Jeune, j'étais déjà ailleurs. Sans patrie, sans terre. En exil, dans l'écriture
Il y a trente ans, arrivé comme réfugié en France, j'ai demandé l'asile culturel et non pas politique.
Culturel parce que je ne me reconnaissais plus ni dans l'idéologie communiste de mon frère, ni dans la foi musulmane de la résistance.
J'étais toujours ailleurs. Las de la guerre. Hors du Verbe
Mon pays a sombré dans la terreur de la guerre, dans l'obscurantisme, et, là-bas, j'ai perdu les clefs de mes songes, de ma liberté, de mon identité...
Aussi l'ai-je quitté en espérant retrouver mes clefs là où il y a de la lumière, de la liberté, de la dignité... tout en sachant que je ne les retrouverai jamais.
Toute création en exil est la recherche permanente de ces clefs perdues.
Dans mon pays, on a peur de la nudité, comme on a peur de la liberté. Parce que l'une exige l'autre. Et les deux, comme Eve, ne savent rien cacher. Elles révèlent tout, jusqu'à l'absence des dieux.
Œuvres de Atiq Rahimi