Auteur

Anne Percin

Si l'on peut perdre ceux que l'on aime, peut-on vivre sans crainte ? C'est la grande question que pose Saint Augustin. Je sais quelle fut sa réponse, mais comme je ne veux pas de la sienne, qui sent l'encens et l'eucharistie, il me reste à en trouver une autre, et je n'y parviens pas. Il faut vivre avec ça, la trouille au ventre.
Tout vêtement est un travestissement. A défaut d'avoir le droit d'aller nu, on doit au moins avoir celui d'être libre de ses mouvements. Comme le dit justement George Sand, pour n'être pas remarquée en homme, il faut déjà avoir l'habitude de ne pas se faire remarquer en femme...
Je n’ai qu’un filet d’eau entre les mains qui m’échappe toujours. Telle est ma pénitence. Parce que je n’ai pas su y croire lorsqu’elles m’étaient faites, je suis à tout jamais privé de promesses...
Mais écrire, ce n'est pas oublier. Écrire ne console pas, écrire ne ment pas. Écrire, c'est vivre, vivre, vivre, c'est exister encore plus, encore plus fort, et la souffrance, loin de s'effondrer, monte en puissance dans le poumon des mots et crie de toutes ses forces.
Écrire, c'est vivre, vivre, vivre, c'est exister encore plus, encore plus fort, et la souffrance, loin de s'effondrer, monte en puissance dans le poumon des mots et crie de toutes ses forces.
Je crois qu'il faut faire semblant. La réalité nous échappe, de toute façon, parce qu'elle nous demeure inconnue ou que nous ne la supportons pas. Nous vivons dans la fiction, il n'y a que ça qui nous convienne. Il faut seulement choisir qu'elle forme donner à notre malheur. Si l'on veut, par exemple, que nos morts familiers cessent de nous tourmenter, il faut les clouer au pinacle. Là-haut, tout là-haut dans le ciel, ils nous encombrent moins. On crée un panthéon, on y installe le mort qu'on aime, on décide qu'on lui dédiera tout, qu'en échange il nous protègera. Sur cette vague promesse se sont bâties toutes les religions, depuis les premiers hommes. Le seul et unique but de toute croyance est bien d'accepter la mort. Le reste, c'est du folklore.
Je crois qu'il faut faire semblant. La réalité nous échappe, de toute façon, parce qu'elle nous demeure inconnue ou que nous ne la supportons pas. Nous vivons dans la fiction, il n'y a que ça qui nous convienne.
Il faut seulement choisir qu'elle forme donner à notre malheur. Si l'on veut, par exemple, que nos morts familiers cessent de nous tourmenter, il faut les clouer au pinacle. Là-haut, tout là-haut dans le ciel, ils nous encombrent moins. On crée un panthéon, on y installe le mort qu'on aime, on décide qu'on lui dédiera tout, qu'en échange il nous protègera.
Le seul et unique but de toute croyance est bien d'accepter la mort. Le reste, c'est du folklore.
En vieillissant, ce qui meurt en nous, ce n'est pas le passé, c'est l'avenir. Lorsqu'on a perdu sa seule raison d'espérer, sa seule véritable force, son unique sujet de fierté, alors il n'y a plus rien à faire que de noyer dans la graisse ses plus belles années, et remplacer par l'ivresse et la bouffe la flamme qu'on avait dans l'âme à 20 ans.
En vieillissant, ce qui meurt en nous, ce n'est pas le passé, c'est l'avenir.
Quand je respire à fond, mes narines sont saturées de l'odeur des vieux livres. Je respire le dix-neuvième siècle. J'ai l'impression d'être dans une boule qu'on retourne, où tombe une neige synthétique. C'est une drôle de bulle, un drôle d'univers. J'ai créé autour de moi un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques. Bien malin qui m'en délogera.
Redevenir sauvage, c'est redevenir enfant. Il y a des habitudes à perdre.
Ce qui reste d'une vie, ça ne vit pas.
Tout est liquide ce soir. Il pleut depuis plusieurs heures, le sol est si détrempé que la pluie fait un bruit mou en touchant la terre. Un bruit d'éponge pressée, un bruit de baiser qui dégoutte de salive.
J'ai le souvenir d'une époque assez drôle et bruyante, sûrement ma vie avec mon frère. Et puis après sa mort plus rien. Le silence. Un silence noir. Quelque chose comme l'ombre des mots. L'absence de paroles, qu'est ce que c'est ? L'aphasie, je crois. L'aphasie des sentiments. Les grandes douleurs sont muettes comme on dit. Et elles ont tort. – seul le silence est grand tout le reste est faiblesse- écrivait Alfred de Vigny.
Chacun a ses fantômes. Plus ou moins gênants, plus ou moins envahissants, plus ou moins agréables à croiser. Je suis loin d'être le seul, chacun cache le sien qui finit par se trahir si on y regarde bien.
Comment peut-on admettre de voir partir ceux qu'on aime ? Il doit pourtant y avoir des moyens, il y a des gens qui y parviennent, qui savent ouvrir leurs mains dans un geste de passoire comme fait le Christ avec son trou dans la paume, il y a des gens qui savent perdre. Pas moi.
L'art, c'est ce qui concilie l'homme et la femme.
Je hais les âmes sans cicatrice, sans suture, sans divorce. Tous ceux qui sont faits d'un bloc. Ne voient-ils pas que le torturé ne torture que lui-même ? Que la société n'a rien à craindre, mais tout à espérer, de quelqu'un qui souffre de ce qu'eux-mêmes ne sentent pas ?
Ça simplifie tellement les choses, me suis-je dit, quand on sait exactement ce qu'il faut faire ! Il n'y a pas d'impair, pas de brutalité, pas d'erreur, tout tombe juste, on fait ce qu'il faut quand il faut, les autres même peuvent regarder, c'est comme un spectacle.
Chacun était convaincu d'être dans son bon droit, du bon côté de la vie. Mais, je le savais désormais, il n'y avait pas de bon côté. Et je savais aussi je ne n'échapperais pas à cette fatalité. Sans le savoir, j'avais déjà glissé du côté où les hommes se croient sauvés : du côté de la raison, de la morale, de la normalité.
Je veux me perdre avec l'intention de me retrouver.
À seize ans, la peau n'est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu'on ignore totalement à quoi on peut ressembler.
Je n'ai jamais douté que j'avais des racines, moi. Je ne les ai jamais arrachées. Tout juste ai-je tiré parfois sur certaines lianes qui me gênaient, qui m'empêchaient d'avancer.

Œuvres de Anne Percin

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