Œuvre
Le premier été (2011)
Ça simplifie tellement les choses, me suis-je dit, quand on sait exactement ce qu'il faut faire ! Il n'y a pas d'impair, pas de brutalité, pas d'erreur, tout tombe juste, on fait ce qu'il faut quand il faut, les autres même peuvent regarder, c'est comme un spectacle.
Chacun était convaincu d'être dans son bon droit, du bon côté de la vie. Mais, je le savais désormais, il n'y avait pas de bon côté. Et je savais aussi je ne n'échapperais pas à cette fatalité. Sans le savoir, j'avais déjà glissé du côté où les hommes se croient sauvés : du côté de la raison, de la morale, de la normalité.
Je veux me perdre avec l'intention de me retrouver.
À seize ans, la peau n'est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu'on ignore totalement à quoi on peut ressembler.
Je n'ai jamais douté que j'avais des racines, moi. Je ne les ai jamais arrachées. Tout juste ai-je tiré parfois sur certaines lianes qui me gênaient, qui m'empêchaient d'avancer.
Tous les crève-cœurs de l'enfance sont des douleurs saignantes qui se referment et laissent des cicatrices. La sagesse n'est rien d'autre qu'un réseau de stigmates.
J'avais amené avec moi des phrases, des bribes d'histoires, des vers de poèmes , que je me récitais comme on fredonne une musique. C'est une habitude que j'ai toujours et qui m'aide à fixer dans ma mémoire les images des paysages ou des visages aperçus : ils se mêlent aux mots tirés de mes lectures et deviennent indélébiles.
On avait pourtant tenté de m'apprendre qu'il était plus sage et plus responsable de résister à la tendresse. Mais c'est une leçon difficile pour un enfant.
Aucune mère ne devrait avoir à supporter çà. La mort de l'enfant, c'est le pire de la mort.
Ça avait l'air si beau d'être amoureuse. Ça te donnait un air alangui, un peu triste, et pourtant tu rayonnais comme une princesse de contes.
Ce sont des adultes. Ils peuvent se permettre d'avoir l'air idiot. Ils assument la bêtise pour nous laisser l'intelligence.
Ma meilleure évasion reste ma création. L'invention. Les liens fragiles et magiques à tisser entre rêve et réalité. La poésie est le dessert de l'esprit, l'humour en est le fruit.
La vie m'a souvent prouvé que j'avais raison, car la réussite d'une fête quelle qu'elle soit, vient plus de la bonne humeur qu'on y met que des vêtements que l'on porte
On se réhabitue vite aux choses du tendre quand on revient d'un champ de bataille.
Il ne s'agissait plus de séduire : c'était fait. Maintenant, il fallait briller, suffisamment fort pour que ton souvenir soit inoubliable, qu'il reparte avec comme chargé d'un trésor, car les garçons sont sentimentaux plus qu'on ne le croit, et font comme nous à l'adolescence, des provisions d'images qui leur durent toute la vie...