Œuvre

Les singuliers (2014)

La beauté est un voile que la nature a mis sur le monde pour nous le rendre tolérable.
Faire n'est pas important, je crois. L'important, c'est d'être, dans sa vie, dans son corps. Il faut habiter. Observer, respirer. Regarder. De là, peut-être un jour, produire quelque chose.
Je ne cherche pas à avancer dans la vie. Seulement à comprendre qui je suis, ce que je veux et où je vais, ce qui devrait être la tâche non seulement de tout artiste mais de tout homme, il me semble. Le reste n'est qu'arrangements.
C’est justement parce que la solitude est la meilleure alliée de l’artiste que l’amitié doit lui être si précieuse. Moi-même qui redoute tant le monde, je trouve que mes amis me font vivre davantage. Non pas plus longtemps, bien évidemment, mais plus largement. Ils donnent de l’épaisseur à la vie.
La souffrance physique n'est pas la mort de l'âme, elle est son combat. La tristesse, c'est la mort de l'âme.
Les artistes sont les gens les plus opiniâtres qui soient. Au mépris de tous les avertissements, ils s'entêtent à vouloir offrir au monde ce qu'ils croient lui manquer. Seulement le monde ne le sait pas encore, et l'artiste sera mort quand le monde s'en rendra compte.
La nudité ne nous choque que lorsqu'elle est laide.
Il en va souvent ainsi des choses qu'on aime, c'est lorsqu'on les perd qu'on comprend leur valeur.
Il a raison, ton Gauguin : il faut s’habituer à l’idée de n’être pas aimé. C’est la deuxième tâche la plus difficile d’un artiste, la première étant d’être absolument soi-même. Supporter la moquerie, la raillerie, le refus de tout ce que l’on est, de tout ce en quoi l’on tient, se voir imposer le silence et ne pas pouvoir riposter : voilà la grande, l’insupportable, la nécessaire mission d’une vie. Je ne parle pas seulement de la vie d’artiste. Voilà pourquoi l’amour et l’amitié sont des miracles : parce qu’il ne faut jamais s’y attendre ni croire qu’on les mérite.
Je me sens incapable de prendre un crayon pour dessiner tout cela, je ne suis plus sûr d'être venu pour apprendre à peindre. Peut-être apprendre à sentir, à voir, à vivre. Ce serait déjà beaucoup.
La liberté ne s’apprend pas, certains sont taillés pour et d’autres non.
Le regard est une chose plus intime que ces parties qu'on veut cacher ; il est à la fois insatiable et pudique, vorace et délicat.
Les vrais défis n'ont pas besoin d'admirateur.
On ne comprend pas immédiatement ce qu'on voit. Mais si on laisse à l'esprit le temps de réfléchir, soudain, l'image se met à exister - non pas devant nos yeux, comme appartenant à la réalité extérieure, mais dans notre cerveau. Une image intérieure se forme, complexe, changeante : elle n'a rien de définitif. Comment te dire ? C'est une peinture qui a l'air folle, et qui est très intelligente.
Dans l'art, le difficile n'est pas seulement de creuser sans rien voir, c'est de tenir le plus longtemps possible et de ne pas céder, ni à la société qui a l'air de vouloir vous faire crever, ni à votre propre démon qui le veut tout autant.
Pourquoi la route vers l'art est-elle pour certains, comme un sentier bordé de fleurs qu'on suit toujours en montant et, pour d'autres, une longue chute dans un gouffre sans fond ? Tandis que certains marchent sereinement vers l'inconnu, d'autres ne font que tomber. Pourquoi ?
Pourquoi la route vers l'art est-elle pour certains, comme un sentier bordé de fleurs qu'on suit toujours en montant et, pour d'autres, une longue chute dans un gouffre sans fond ? Tandis que certains marchent sereinement vers l'inconnu, d'autres ne font que tomber. Pourquoi ?
C'est justement parce que la solitude est la meilleure alliée de l'artiste que l'amitié doit lui être si précieuse. Moi-même qui redoute tant le monde, je trouve que mes amis me font vivre d'avantage.
L'art ne donne pas de petites satisfactions d'amour-propre. L'art justifie d'être venu au monde ou nous rend supportable le monde.
Moi je n'aspire qu'à être singulier, et ça demande bien des efforts quand on a été élevé dans une tribu.