Auteur

Albert Espinosa

Aimer se conjugue seulement au passé. J'ai aimé... Etre amoureux, c'est le présent. Aimer c'est le passé.
Prononcées à voix hautes, certaines paroles sont susceptibles de révéler des secrets d'une intensité que nous serions peut-être incapables d'assumer.
Mettre un point final, disait-elle, ça facilite la vie. Les points de suspension, en revanche, ça rend intelligent.
La vie, c'est pousser des portes, encore et encore.
J'ai éclaté en sanglots. J'ai un faible pour cette expression. On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche, on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats.
On ne sait jamais ce qu'on va trouver derrière une porte. C'est peut-être ça, la vie : pousser des portes.
Je crois que l'âge ne sert pas à grand chose dans cette vie. Ma mère disait que l'âge véritable se loge dans le ventre et dans la tête. Les rides sont juste le fruit des soucis et de la mauvaise alimentation. J'ai toujours pensé qu'elle avait raison, alors j'ai tout fait pour avoir le moins de soucis possible et pour bien me nourrir.
Je suis un impatient, je le sais et j'aime ça. Bien que l'impatience soit considérée comme un horrible défaut, dans le fond nous savons tous qu'elle deviendra une vertu. Un jour, le monde appartiendra aux impatients. Du moins je l'espère.
Parfois, la vie trouve la solution à nos problèmes sans rien nous demander en échange.
Le fait est qu'il faut des années pour s'approprier un oreiller, des centaines de nuit de sommeil pour lui donner cette forme à nulle autre pareille, qui nous entraîne vers le sommeil. A la longue on apprend à plier notre oreiller pour que notre sommeil touche à la perfection, à le tourner de façon à ce que la température ne dépasse pas celle qui nous plaît. On reconnaît même son odeur après une bonne nuit de sommeil. Si seulement nous pouvions en savoir aussi long sur les gens que nous aimons et qui dorment à nos côté.
Les rêves m'ont toujours fait penser à des films publicitaires ou à des bandes-annonces, plus ou moins longs, plus ou moins brefs. Tous parlent de nos désirs. Sauf que nous n'y comprenons rien, comme s'ils avaient été tournés par David Lynch.
Tout petit déjà, je pensais que dormir éloigne du monde, rend invulnérable à ses attaques. Seuls les gens éveillés, ceux qui ont les yeux grand ouverts peuvent se faire attaquer. Nous qui disparaissons dans notre sommeil, nous sommes inoffensifs.
On m'a parfois posé cette question inutile : Qu'emporterais-tu sur une île déserte ? Et je me dis invariablement: mon oreiller. Pourtant, pour une raison que j'ignore, je finis toujours par répondre, en utilisant deux adjectifs bien peu judicieux : un bon livre et un grand vin.
Ma mère disait que les textos disent des vérité en peu de mots. Les gens s'appliquent à exprimer leurs sentiments sans dépenser trop d'argent. La concision des sentiments.
L'opinion la plus répandue est que nous ne pourrons jamais voyager dans le futur : moi, en revanche, je crois qu'on le fait chaque nuit. On dort et, à notre réveil, il s'est passé des choses incroyables : des traités ont été signés, les valeurs boursières ont changé, des couples se sont séparés, des gens sont tombés amoureux à l'autre bout de la planète, là où la vie continue...
Nous avons des peurs. Nous avons tous des peurs. Mais ce qu'il y a de bien dans cette vie, c'est que presque personne ne nous demande lesquelles.
J'ai toujours pensé qu'une part de nos cauchemars, de nos problèmes et de nos rêves est blottie au coeur de nos oreillers. Voilà pourquoi nous les enveloppons dans des taies : pour ne pas voir les traces de notre vie.
On cherche toujours à cacher ce qui en dit le plus long sur nous.
Dans la vie, certaines personnes nous nourrissent, nous aiment, et on a tellement besoin d'elle que, quand on les perd, nul ne peut combler ce vide.
Le temps qui passe apporte une touche comique à ce qui naguère était dramatique.
Le bonheur n'existe pas, [...]. La seule chose qui compte, c'est d'être heureux chaque jour.
Oublier de rire : une erreur impardonnable, quel que soit l'âge.
Il y a des personnes qu'il suffit de voir pour se sentir comblé. On n'a besoin de rien d'autre. Elles nous donnent de l'énergie.
Ce qui est bien, avec les souvenirs, c'est qu'on peut y revenir quand on en a envie, personne ne peut nous en empêcher. Ce qui m'impressionne le plus, c'est chaque fois qu'on y revient, le souvenir est différent.
Aimer, c'était se souvenir d'avoir été amoureux, ça faisait toujours référence au passé.

Œuvres de Albert Espinosa

Le monde soleil (2013)Si tu me dis viens, je laisse tout tomber... (2014)Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n' étions pas toi et moi (2012)Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n'étions pas toi et moi (2012)