Dans l'attachement d'un homme à sa vie, il y a quelque chose de plus fort que toutes les misères du monde. Le jugement du corps vaut bien celui de l'esprit et le corps recule devant l'anéantissement.
Sur l'innocence morte, les juges pullulent, les juges de toutes les races, ceux du Christ et ceux de l'Antéchrist.
Je n'ai rien à faire avec le problème de la liberté métaphysique. ... Sur elle, je ne puis avoir de notions générales, mais quelques aperçus clairs.
Je doute parfois qu'il soit permis de sauver l'homme d'aujourd'hui. Mais il est encore possible de sauver les enfants de cet homme dans leur corps et dans leur esprit. Il est possible de leur offrir en même temps les chances du bonheur et celles de la beauté.
Il ne me plaît pas de croire que la mort ouvre sur une autre vie. Elle est pour moi une porte fermée. Je ne dis pas que c'est un pas qu'il faut franchir: mais que c'est une aventure horrible et sale.
Ce goût de l'homme sans quoi le monde ne sera jamais qu'une immense solitude.
Savez-vous ce qu'est devenue, dans cette ville, l'une des maisons qui abrita Descartes? Un asile d'aliénés.
Autrefois, je n'avais que la liberté à la bouche ... J'assenais ce maître mot à quiconque me contredisait.
J'ai un beau rire franc, ma poignée de main est énergique, ce sont là des atouts.
J'ai compris que je n'avais pas d'amis. Du reste même si j'en avais eu, je n'en serais pas plus avancé.
Il était et il est impossible à une victime des camps de concentration d'expliquer à ceux qui l'avilissent qu'ils ne doivent pas le faire.
Ces perpétuels balancements entre le naturel et l'extraordinaire, l'individu et l'universel, le tragique et le quotidien, l'absurde et le logique, se retrouve à travers toute son oeuvre.
Le bien public est fait du bonheur de chacun.
Je m'étonne parfois de l'obstination que met notre taciturne ami à bouder les langues civilisées. Son métier consiste à recevoir des marins de toutes les nationalités.
Je suis comme eux, bien sûr, nous sommes dans le même bouillon. J'ai cependant une supériorité, celle de le savoir, qui me donne le droit de parler.
Il était une heure après minuit, une petite pluie tombait, une bruine plutôt, qui dispersait les rares passants.
Certains mariages, qui sont des débauches bureaucratisées, deviennent en même temps les monotones corbillards de l'audace et de l'invention.
En stoppant, le petit homme avait calé son moteur et s'évertuait en vain à lui redonner souffle.
Quoi? On pouvait vivre dans ces cellules et être innocent? Impropable, hautement improbable! Ou sinon mon raisonnement se casserait le nez.
Il s'agissait seulement de donner pendant quelque temps les preuves de sa compétence dans les questions délicates que posait l'administration de notre cité.
La maison appartenait à un vendeur d'esclaves. Ah! On ne cachait pas son jeu, en ce temps-là! On avait du coffre, on disait: «Voilà ... je vends de la chair noire».
En somme, je ne me suis jamais soucié des grands problèmes que dans les intervalles de mes petits débordements.
Les décembristes font penser à ces nobles français qui s'allièrent au tiers état et renoncèrent à leurs privilèges. Patriciens idéalistes, ils ont fait leur nuit du 4 août et ont choisi, pour la libération du peuple, de se sacrifier eux-mêmes.
Pour avoir voulu arrêter le communisme en Espagne par des moyens indignes, on donnera une chance sérieuse à la communisation de l'Europe.
Oh! avez-vous bien fermé la porte? Oui? Vérifiez, s'il vous plaît. Pardonnez-moi, j'ai le complexe du verrou.
Œuvres de Albert Camus
12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II