Jamais, jusqu'à présent, une poignée de gens et d'entreprises – Google, Apple, Facebook, Amazon… les GAFA – n'ont façonné à ce point les pensées d'un milliard de chimpanzés et guidé leurs choix. Les robots, les algorithmes vous envahissent. Le portable est devenu le prolongement de votre cerveau, que vous offrez sans contrôle à des bases de données. Je vous plains plus que je ne vous hais, pauvres chimpanzés, votre vie appartient désormais à Google et Facebook ! Votre existence est construite sur des « J'aime » et sans eux, vous avez l'impression de n'être rien.
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Audra serra son portable avec aigreur. Si seulement elle arrivait à s'en débarrasser, à oublier les réseaux sociaux qui, au lieu de créer des liens, isolaient les individus dans des bulles.
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Pourtant il faudrait aller travailler, se fondre dans la fourmilière, comme tous les jours, semaine après semaine. Gagner cette misère pour que la société vous donne votre denier de survie, vous donne le droit de vous nourrir ou de respirer.
Il y a une phrase intéressante sur la liberté. L'on ne sait pas ce qu'elle représente, tant qu'on ne l'a pas perdue.
Sais-tu combien de personnes inscrites sur Facebook meurent par minute ? Trois. Dans moins de cinq ans, les morts seront plus nombreux que les vivants sur ce réseau. Un vrai cimetière.
Comme la plupart des hackers, il est rongé par son anonymat. Œuvrer dans l'ombre les tourmente, ils aimeraient hurler au monde entier qui ils sont, montrer à quel point ils sont géniaux, mais ils ne peuvent pas. Ces individus-là ne descendent pas dans les rues, ne cassent pas de vitrines, ils agissent derrière leurs écrans, anonymes et beaucoup plus dangereux.
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Les doigts glissaient sur les écrans de téléphone, les regards fuyaient, comme si chacun devait craindre l'autre. Tous ensemble, agglutinés, et pourtant si seuls dans leurs cavernes. Progressivement, les gens s'éloignaient les uns des autres, ne se touchaient plus, ne se parlaient plus, se rapprochaient des machines.
On pouvait modifier des génomes ou inventer des machines toujours plus perfectionnées, mais on ne pouvait rien contre la colère de la nature. L'histoire de notre planète en témoignait, ainsi que celle des espèces qui avaient été balayées au fil des millénaires. Si l'homme allait trop loin, la nature saurait se débarrasser de lui.
Tout ce qui tombait dans la marmite d'Internet y cuisait pour l'éternité.
C'est une image, mais la caverne de Platon, tu te rappelles? On nous montre que ce qu'on veut bien nous montrer. Et si on n'a pas la curiosité d'aller fouiner plus loin, on est prisonniers du système.
Une crue, c'était le résultat d'une nature en colère, d'une force implacable qui tirait, au cœur même de la civilisation, les sonnettes d'alarme. Le monstre sortait de ses gonds et détruisait, noyait, avalait, en réponse à l'inconséquence de l'homme. Une incursion vive, brutale , un hold-up dans le quotidien et l'intimité des gens, plus concrète que la fonte de la calotte glacière.