Tokyo est évidemment le lieu parfait. Tokyo c'est loin, les gens y vivent vieux, mangent du riz et sont rarement diabétiques. Compte tenu de ce qui m'arrive, savoir que je ne finirai pas aveugle et amputée des deux jambes est une joie
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Tout ce qui a été fait jusqu'au 11 septembre 2001 consistait à dire : « Ne relevons pas les différences, faisons comme si tout le monde était blanc et catholique. » Bon, ça ne marche pas. Ce silence a eu pour conséquence de faire émerger des gens qui ne veulent exister que par leur différence..., alors que ce qui serait intéressant aujourd'hui serait de pouvoir dire qu'il existe différentes couleurs que l'on peut tout à fait nommer, mais que, pour autant, on ne peut rien en déduire !
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À lire aussi de Tania de Montaigne
Si les femmes quittées croient toujours qu'elles vont tomber de haut, finalement elles ne tombent que de leur hauteur. Ce que je sais : une femme, c'est pas si haut.
Je dis que les Noirs, avec un N majuscule, n'existent pas, indique la romancière. Ce qui est très différent du fait qu'il y ait des noirs, des blancs, des jaunes. À un moment, je n'avais pas de majuscule : j'étais noire sans majuscule. C'est à dire à la fois une couleur de peau et de plein d'autre choses. Et à un moment, quelque chose se fige et on décide que je suis noire avec une majuscule, c'est à dire que je fais des choses de Noire. Avec une majuscule.
Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs. Si vous êtes sympa, vous vous émerveillez de ma capacité à être là, si vous êtes raciste, vous me proposez de rentrer « chez moi ». En fait, dans les deux cas, vous supposez que je n'ai pas d'appartenance possible : les Noirs ne seraient traversés ni par l'histoire, ni par la singularité, ni par toute forme de culture. Cela signifierait que nous serions toujours étrangers à tout ce qui se passe ici et que nous ne pourrions nous imprégner de rien...
si un philosophe, appelons-le Alain F., dit «J'ai pas envie de regarder la Coupe du monde féminine de foot», ça n'est pas pareil que s'il dit « J'ai pas envie de regarder la Coupe du monde de foot féminin ». En plus de mettre en lumière le rapport compliqué du philosophe avec les femmes en short (voire avec les femmes tout court), la place du mot «féminin» change imperceptiblement le sens de la phrase.
Dans la même œuvre
Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs. Si vous êtes sympa, vous vous émerveillez de ma capacité à être là, si vous êtes raciste, vous me proposez de rentrer « chez moi ». En fait, dans les deux cas, vous supposez que je n'ai pas d'appartenance possible : les Noirs ne seraient traversés ni par l'histoire, ni par la singularité, ni par toute forme de culture. Cela signifierait que nous serions toujours étrangers à tout ce qui se passe ici et que nous ne pourrions nous imprégner de rien...
Entre Michelle Obama et une migrante érythréenne, je ne sais pas ce qu'est une femme noire !
Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs.
Aucune couleur de peau n'autorise à faire son marché dans l'histoire. Car être français, ce n'est pas une affaire de couleur.