Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs.

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La vraie différence entre un Bleu et une Bleue, ça n'est pas le football qui, lui, n'a pas de genre. Non, c'est qu'elles seront payées dix fois moins que leurs homologues masculins et qu'en plus de se coltiner des entraînements de dingue où elles font des pompes sur une main, elles devront répondre à des interviews passionnantes où on leur pose des questions comme : «Et vous avez envie d'avoir une enfant ?» ou «Et le mariage vous y pensez ?» ou «C'est important d'être féminine, non ?»
Un «Bleu», c'est un homme qui joue au foot, alors qu'une «Bleue», c'est une personne qui joue au football féminin. Il y a le foot d'un côté, le vrai, et puis ce truc de fille de l'autre. On imagine bien des femmes courant en escarpin sur un mini-terrain et donnant des coups de pieds dans des sacs à main jusqu'à finir par en lancer un dans un filet.
Ce que je sais : « on » n'est pas indéfini, c'est « je » qui manque de précision.
Dans les films, quand une femme est quittée, elle entre dans une agence de voyages. Sans regarder la personne au guichet, elle dit donnez-moi un billet pour n'importe où, un aller sans retour. Et hop, elle part. Je ferai comme dans les films. Tokyo est évidemment le lieu parfait. Tokyo c'est loin, les gens y vivent vieux, mangent du riz et sont rarement diabétiques. Compte tenu de ce qui m'arrive, savoir que je ne finirai pas aveugle et amputée des deux jambes est une bonne nouvelle.
Vous êtes une femme, donc moins qu'un homme, et vous êtes noire, donc moins que rien.
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Dans la même œuvre

Tout ce qui a été fait jusqu'au 11 septembre 2001 consistait à dire : « Ne relevons pas les différences, faisons comme si tout le monde était blanc et catholique. » Bon, ça ne marche pas. Ce silence a eu pour conséquence de faire émerger des gens qui ne veulent exister que par leur différence..., alors que ce qui serait intéressant aujourd'hui serait de pouvoir dire qu'il existe différentes couleurs que l'on peut tout à fait nommer, mais que, pour autant, on ne peut rien en déduire !
Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs. Si vous êtes sympa, vous vous émerveillez de ma capacité à être là, si vous êtes raciste, vous me proposez de rentrer « chez moi ». En fait, dans les deux cas, vous supposez que je n'ai pas d'appartenance possible : les Noirs ne seraient traversés ni par l'histoire, ni par la singularité, ni par toute forme de culture. Cela signifierait que nous serions toujours étrangers à tout ce qui se passe ici et que nous ne pourrions nous imprégner de rien...
Entre Michelle Obama et une migrante érythréenne, je ne sais pas ce qu'est une femme noire !
Aucune couleur de peau n'autorise à faire son marché dans l'histoire. Car être français, ce n'est pas une affaire de couleur.