Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs. Si vous êtes sympa, vous vous émerveillez de ma capacité à être là, si vous êtes raciste, vous me proposez de rentrer « chez moi ». En fait, dans les deux cas, vous supposez que je n'ai pas d'appartenance possible : les Noirs ne seraient traversés ni par l'histoire, ni par la singularité, ni par toute forme de culture. Cela signifierait que nous serions toujours étrangers à tout ce qui se passe ici et que nous ne pourrions nous imprégner de rien...

À lire aussi de Tania de Montaigne

J'écris la vie des autres en attendant de vivre la mienne.
Être étranger, c'est sourire et opiner du chef, c'est lire sur les lèvres, juste pour le plaisir de s'assurer que ça ne change strictement rien.
Vous êtes une femme, donc moins qu'un homme, et vous êtes noire, donc moins que rien.
Dans les films, quand une femme est quittée, elle entre dans une agence de voyages. Sans regarder la personne au guichet, elle dit donnez-moi un billet pour n'importe où, un aller sans retour. Et hop, elle part. Je ferai comme dans les films. Tokyo est évidemment le lieu parfait. Tokyo c'est loin, les gens y vivent vieux, mangent du riz et sont rarement diabétiques. Compte tenu de ce qui m'arrive, savoir que je ne finirai pas aveugle et amputée des deux jambes est une bonne nouvelle.
Quand on met une majuscule, on dit que c'est un nom et non un adjectif. Dès lors que c'est un nom (et cela marche pour tout : Juif, Musulman, Noir, Blanc...), on considère que l'on sait qui est une personne en fonction de ce qu'on lui attribue : sa couleur, sa religion... Et on agit en fonction de ce que l'on suppose qu'elle est. Dès lors, on lui nie la capacité d'être humain. Elle devient un objet.
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Dans la même œuvre

Tout ce qui a été fait jusqu'au 11 septembre 2001 consistait à dire : « Ne relevons pas les différences, faisons comme si tout le monde était blanc et catholique. » Bon, ça ne marche pas. Ce silence a eu pour conséquence de faire émerger des gens qui ne veulent exister que par leur différence..., alors que ce qui serait intéressant aujourd'hui serait de pouvoir dire qu'il existe différentes couleurs que l'on peut tout à fait nommer, mais que, pour autant, on ne peut rien en déduire !
Entre Michelle Obama et une migrante érythréenne, je ne sais pas ce qu'est une femme noire !
Je suis française depuis cinq siècles, mais comme je suis noire, je serais forcément d'ailleurs.
Aucune couleur de peau n'autorise à faire son marché dans l'histoire. Car être français, ce n'est pas une affaire de couleur.