Œuvre

Invitée de Jean-Mathieu Pernin, pour une \"Mise à jour\", France Info, mai 2018

Je dis que les Noirs, avec un N majuscule, n'existent pas, indique la romancière. Ce qui est très différent du fait qu'il y ait des noirs, des blancs, des jaunes. À un moment, je n'avais pas de majuscule : j'étais noire sans majuscule. C'est à dire à la fois une couleur de peau et de plein d'autre choses. Et à un moment, quelque chose se fige et on décide que je suis noire avec une majuscule, c'est à dire que je fais des choses de Noire. Avec une majuscule.
Quand on met une majuscule, on dit que c'est un nom et non un adjectif. Dès lors que c'est un nom (et cela marche pour tout : Juif, Musulman, Noir, Blanc...), on considère que l'on sait qui est une personne en fonction de ce qu'on lui attribue : sa couleur, sa religion... Et on agit en fonction de ce que l'on suppose qu'elle est. Dès lors, on lui nie la capacité d'être humain. Elle devient un objet.