Œuvre
Un oiseau blanc dans le blizzard (2000)
Il ne lui restait plus rien d'autre à faire que de planifier le néant des jours à venir.
Il n'y a pas d'adjectifs pour décrire la légèreté, la blancheur légère que je ressens. C'est comme si j'avais été prise dans un filet diaphane – je suis désincarnée, le filet ne retient que mon essence, qui flotte dans la brise. Ou alors, comme si j'avais des poids attachés à mes poignets et à mes chevilles, mais ces poids sont plus légers que moi, comme si je portais une robe faite d'émotions – un tricot humide et invisible.
L'hiver nous est tombé dessus en petits fragments célestes brillants d'oxygène et d'éther, qui viennent frapper le sol comme de minuscules éclats de verre froid.
Plus je regarde, plus ce vide devient vide et clair. Comme si j'avais ouvert une porte sur de l'espace pur – plat, mais caverneux et brillant –, comme si, si jamais j'entrais, j'allais tomber pour toujours dans le futur.
Mais l'avenir m'ennuie. Je me vois en train de suivre cet avenir, comme une feuille dans un courant d'air.
Je rêve que mes draps sont devenus de la neige et que leur blancheur froide m'enveloppe dans l'hiver.
Leur mariage était comme un grand verre d'eau, si glacée qu'elle transforme vos dents en diamants dans votre bouche.
Un verre d'eau venant d'une fontaine glacée, que l'on boit pendant vingt ans.
Qu'est-ce que je faisais, en fait, avec tous ces hommes ? Je me disais que si on retirait leurs coeurs de leurs corps et qu'on les posait sur une table, tous les trois, il serait impossible de les reconnaître. Alors, qu'est-ce que je faisais, avec ces trois-là en même temps ?
Pourquoi faisons-nous tous des rêves étranges ? Pourquoi le sommeil n'éteint-il pas nos cerveaux, comme on éteint une lampe ?
Avant, j'imaginais sur ma poitrine un petit coeur de satin avec son nom brodé dessus. Un petit coussin à épingles. Un souvenir. Le genre de truc qu'on achète dans les boutiques de souvenirs, qui proclament "Souvenir de Las-Vegas" ou "Sois tout à moi". Mais maintenant, il y a une pierre froide, à la place, comme si, lors d'un baiser apathique, quelque chose de mort s'était échappé de lui pour pénétrer dans ma bouche et que je l'avais avalé d'un seul coup.
Mais il n'existe pas de programme en douze étapes pour les gens qui sont égoïstes, sans coeur et superficiels, comme semblent pourtant l'être la plupart des gens.